Faire des séries photo. Une bonne idée ?

Mon avis est clairement tranché sur la question. Faire des séries photo est-il une bonne idée? Non… C’est une excellente idée ! Voyons donc tous les bénéfices que vous pourrez en tirer ainsi que quelques réponses aux questions que vous pourriez vous poser.

Les séries photo, c’est quoi exactement ?

Oui il serait bon déjà qu’on soit tous d’accord de ce sur quoi on va causer… Je dirais qu’on peut parler de série dès lors que toutes les photos qui la composent ont au moins un dénominateur commun. A la vue de la série, l’harmonie doit être flagrante, les photos bien “matcher” (désolé pour cet anglicisme fort pratique). Disons qu’elles doivent bien fonctionner ensemble par ce qu’elles ont en commun.

Quelque chose en commun ?

Tout est valable, pourvu que ce soit évident pour vos spectateurs. Des formes (ronds, carrés, triangle, etc.), des couleurs (enseignes, bâtiments, vêtements, etc.), des objets, quels qu’ils soient, peuvent faire l’objet d’une série.

Attention malgré tout à la cohérence. Si le point commun à toutes vos photos c’est qu’il y a une personne qui a un pull rouge, ça risque de faire léger… Dans ce cas ajoutez un autre point d’intérêt: Si c’est toujours le même gars avec son pull rouge dans un quartier très pauvre, puis dans un quartier d’affaires, puis dans le métro, puis dans une limousine, puis sur un chantier, puis dans un grand cabinet d’avocat, ça change la donne. Si c’est encore le même gars pris au Groenland, puis en Indochine, puis dans la cordillères des Andes et aux 4 coins du mondes, votre message sera différent. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il faut donner de la force à votre série. Elle doit véhiculer une idée, une méthode de conception, une esthétique ou une émotion. Quelque chose qui lui donne sa raison d’être.

séries photo - cadre

Attention donc au fait que faire 10 ou 100 photos de votre chat n’en fait pas une série. Ça vous donnera une collection de photos de votre chat… Votre série doit être composée de photos suffisamment différentes pour les rendre intéressantes. Le risque serait évidemment de rendre votre travail ennuyeux à regarder. En terme de créativité artistique, on peut rêver mieux que l’ennui du spectateur en retour…

Le sujet ou la technique

Ce qui fait l’âme de vos séries photo n’est pas forcément que ce qui trouve devant l’objectif: Vos sujets. Ce peut tout à fait être votre technique. Vous pouvez décider de ne photographier que des passants en pose longue par exemple, pour figurer le fait qu’on ne connait pas et qu’on oublie les gens qu’on croise (ou pour toute autre raison qui vous appartient).

Vous pouvez utiliser un cadrage ou une exposition particuliers. Une focale, le noir et blanc ou la couleur, l’angle, le contraste, la profondeur de champ peuvent servir de liant entre les photos de vos séries. Il se suffiront rarement à eux-mêmes: Difficile de faire une série ayant pour seul point commun entre les images une focale de 50mm au format carré…

Quelques exemples en vrac, à vous de vous en inspirer, pour faire pareil ou autre chose:

  • Faire des portraits dans des reflets de vitrine.
  • Photographier des bâtiments rouillés ou colorés.
  • Des plats que vous préparez avec un ingrédient commun bien reconnaissable. Je ne suis pas amateur de photo de cuisine, pourtant j’ai vu une série sur des plats préparés, tous présentés près d’une fenêtre, moitié à la lumière, moitié dans l’ombre, c’était très coloré, très vivant, superbe !!
  • Des portraits de passants vus pile-poil de dessus, sans visage donc !
  • Surexposer ou sous-exposer des chats.
  • Figurer la transformation de nos villes avec des photos d’échafaudages. Les enchevêtrements des barres métalliques peuvent être très graphiques !

Bref, les possibilités sont infinies. L’important est de bien cibler ce qui fait l’unité de votre série. La cohérence est le maître-mot. Je vous renvoie à ce propos à mon article sur l’analyse d’une photo.

Le rythme

Une façon originale d’envisager la série est le rythme. Vous pouvez très bien photographier un lieu, un objet, un être vivant à un rythme que vous déterminez: Chaque heure, chaque jour, chaque mois, pourquoi pas chaque année à la même date. Vous aurez alors une série constituée de deux dénominateurs communs: Chaque photo sera liée aux autres par le sujet ET par le facteur temps. Je n’en ai jamais produit, mais je trouve ça assez fascinant. Une idée, qui vient de surgir à l’instant où j’écris, c’est qu’on regarde toujours le visage des gens pour voir le temps qui passe. Pourquoi ne pas photographier la croissance d’un enfant vue de dessus ?

Tout est possible, même ce qui peut ne pas avoir de sens, comme l’évaporation d’une gamelle d’eau dans la semaine sur le rebord d’une fenêtre. L’important c’est la vision que vous avez de votre sujet. Vous pouvez nommer vos photos “1 heure, 2 heures,…”, “lundi, mardi,…”, “janvier, février,…”pour expliquer la démarche. On y verra le jour décliner ou les saisons changer… Poétique…

Les bénéfices des séries photo

Ils sont nombreux. Travailler en séries effraye parfois les débutants qui ont peur de ne pas avoir le niveau ou l’inspiration nécessaires. Et pourtant, quand on s’y met, tout devient évident. C’est l’occasion pour moi de placer une de mes citations favorites, qui me poussent à faire quelque chose d’a priori trop compliqué, en photo comme dans n’importe quel domaine:

Quand on commence à nager, l’eau parait moins froide.

Faire des séries photo est stimulant

Stimulant car vous voyez votre projet grandir au fil des photos dont il s’enrichit. Vos séries évoluent, parfois vous trouvez qu’une photo devient moins percutante, moins forte que ses consœurs, vous la retirez de la série, la remplaçant par une plus récente, bien meilleure.

Stimulant car si vous êtes comme moi, il a pu vous arriver d’avoir envie de faire de la photo sans savoir quoi photographier… Quand vous avez plusieurs séries en cours, impossible de ne pas avoir d’idée derrière la tête. J’en ai une qui consiste à photographier des gens seuls sur des bancs publics. Certains lisent le journal, certains pianotent leur téléphone, certains ne font rien, certains ont l’air triste, d’autres joyeux, certains semblent impatients d’attendre, d’autres contents de regarder la vie s’agiter autour d’eux. Il y a autant d’histoires que de gens. Des attitudes étonnantes. Des émotions partagées, à l’insu de votre sujet. Allez, vous pouvez me piquer mon idée de série, c’est pour moi c’est cadeau, plaisir d’offrir, joie de recevoir 😉

Il me suffit alors de choisir un nouveau banc dans ma ville, ou un nouvel angle, et d’attendre le bon moment, le bon sujet. Bien souvent je vais voir autre chose qui va m’attirer: Une photo à faire pour une autre série voire même un truc qui n’a rien à voir avec des séries…

Stimulant car en cherchant à faire des photos pour une série, ça vous donnera forcément des idées pour d’autres séries. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai eu l’idée des gens seuls sur leur banc: Je photographiais complètement autre chose à ce moment-là. Ainsi le système s’auto-alimente:

Une série en amène une autre sans que vous ayez à y réfléchir…

Un autre moyen de se donner des idées de série est de regarder vos anciennes photos. Vous allez peut-être voir que des situations ou des modes de prise de vue reviennent régulièrement. C’est possiblement le premier matériau d’une nouvelle série…

Faire des séries photo aiguise votre regard

Et oui, en vous focalisant sur un sujet, votre cerveau va se spécialiser au fil de l’avancée de votre projet. Vous allez devenir de plus en plus perspicace et vous allez découvrir 1000 façons de traiter ce qui fait l’âme de votre série.

Si vous doutez de vous et pensez ne pas être un artiste, la série est faite pour vous: Sans vous en rendre compte, vous allez devenir des spécialistes dans ce que vous avez choisi, et cela va rendre votre oeuvre (votre série), de plus en plus forte, puissante. Vos spectateurs verront que vous avez vraiment une vision. Si vous prenez les séries de n’importe quel artiste photographe dans une expo, vous aurez l’impression de ne pas être capable d’en faire autant. Mais les 12 photos accrochées au mur cachent les 1000 autres prises par le photographe. En allant au bout de votre démarche, c’est ce que vous allez faire vous aussi:

Constituer une oeuvre forte au fil de vos sorties photo.

Combien de photos pour une série ?

séries photo - expo

Impossible de donner des chiffres stricts. C’est un ordre d’idée.

Pour une expo, ce sera fonction de plusieurs paramètres, comme l’espace alloué et votre notoriété. Pour une petite expo locale, une base de 8 à 12 photos semble raisonnable. Si votre notoriété le permet ou si vous exposez seul(e) dans un grand espace, vous pourrez aller jusqu’à une quarantaine.

Pour un livre, vous pouvez tabler entre 40 et 80 photos.

C’est sujet à polémique, mais je pense, comme d’autres photographes, qu’une série photo peut commencer et se terminer à 2 photos. Quand 2 images différentes vont vraiment bien ensemble, que le(s) dénominateur(s) commun(s) est/sont clairement identifié(s), le fait de mettre ces deux photos côte-à-côte leur donne une unité, une cohérence, un sens. En cela je considère qu’on est déjà dans une série.

Quand finir une série ?

Par lassitude

C’est la raison la plus évidente. Quand l’envie n’y est plus, dans la mesure où nous ne sommes pas payés pour ça, inutile de se forcer. La photographie doit rester un loisir non? Il ne faut pas culpabiliser à l’idée de laisser une série là où elle en est. Elle se contentera de vos meilleures photos et basta, cela vous laissera plus de temps pour vous lancer dans d’autres projets plus stimulants.

Par épuisement du sujet

Je pense notamment aux mini-projets. Pour ma part j’adore ça. J’avais déjà parlé de mon projet d’illustrer la routine du matin à laquelle s’astreint la grande majorité d’entre nous, mais du point de vue de mes pieds, au 40mm, en noir et blanc, format carré. Une fois faits le réveil, le lever, les escaliers, les toilettes, le café, la douche, l’habillage et le départ, plus grand chose à raconter. La série s’éteint d’elle-même. La boucle est bouclée. Plus qu’à mettre tout ça dans des cadres ou dans un livre photo.

Une série sur le processus de la fabrication de bière à la maison s’épuisera également assez vite. Même si le sujet est intéressant car il y a de la matière entre les ustensiles spécifiques et les couleurs. Passé 12-15 bonnes photos, vous allez manquer d’inspiration (enfin moi j’en ai manqué en tout cas ;-)). Vous avez au final une jolie série mais plus grand chose à dire dessus.

Par contrainte

Cela sera très certainement dû à un changement dans votre vie. Si vous faites une série sur l’architecture de Strasbourg et que vous déménagez à Perpignan… La série va coûter cher en TGV…

Si vous travaillez dans l’industrie du parfum (superbes photos à faire) et que vous changez pour l’industrie automobile, ça va se compliquer aussi.

Bref, un changement d’environnement peut évidemment signifier l’arrêt d’une série. Le bon côté de la chose c’est que ça sent la matière fraîche pour une nouvelle…

Pour conclure

Ce que j’aime dans le fait de faire des séries photos tient en plusieurs points que j’espère vous faire partager et adopter.

Premièrement, vos séries vous identifient. Car même si un sujet a déjà été traité 1000 fois, personne ne l’a traité avec votre personnalité, votre sensibilité, votre environnement. Si vous proposez des séries qui ont une cohérence, qui ont du sens, on vous percevra comme un artiste, parce que vous serez un artiste !

Le statut d’artiste n’est pas quelque chose d’inaccessible réservé à une élite, détrompez-vous. Si vous en adoptez la démarche vous aurez ce statut. L’avantage de la photo, c’est que contrairement au dessin, à la peinture, à la sculpture, au chant et j’en passe, il n’y a pas besoin d’avoir un talent inné: Savoir dessiner, chanter, etc. Même si on peut apprendre et progresser, on ne va jamais bien loin si le talent n’est pas déjà en nous. En photo, le talent vient de la passion, de l’investissement en temps, de la réflexion. Et ça tout le monde en est capable !!

Deuxièmement, faire des séries photo est un travail de chercheur.

  • Chercher les sujets: Ça peut signifier se promener et regarder partout, être curieux. Je ne sais plus quel photographe a parlé d'”errance“. J’aime beaucoup ce terme.
  • Chercher les cadrages, la lumière, les angles, les focales, même si on fait une série de photo sur ses pieds ou sa cuisine !! Il ne suffit pas de prendre tous ses plats de nouille en photo pour en faire quelque chose d’intéressant…
  • Chercher la cohérence dans le post-traitement et l’ordre dans lequel présenter sa série. L’editing est une étape importante du travail en séries.

Ce travail de chercheur rend votre oeuvre d’autant plus noble et respectable.

Les séries photos ne peuvent être que l’aboutissement d’une réflexion.

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