Les 3 étapes de la progression en photo

Je ne crois pas connaitre ni avoir jamais rencontré un seul photographe qui ne se soit pas intéressé à sa progression en photo. Au début, on part sur des chapeaux de roue. A l’aide d’un blog ou de vidéos, on maîtrise rapidement les bases techniques: Le triangle d’exposition, puis la mesure de la lumière (évaluative, spot), on apprend quelques “règles” (tiers, nombre d’or, etc.). On peut discuter sans fin du bien-fondé de ces règles (car ce ne sont pas des règles), mais ce n’est pas le sujet qui nous occupe maintenant. Ensuite certains commencent à réfléchir à leur composition. Et… et ça s’arrête là malheureusement…

Alors c’est tout à fait suffisant pour ramener des photos de vacances bien exposées, prendre des photos rigolotes et sympas du chat ou des (petits-)enfants. C’est juste dommage de ne pas donner le petit coup de pouce supplémentaire qui va propulser votre photographie à un niveau que vous pouvez admirer dans des expos ou en regardant ce que font des artistes reconnus. Et c’est à votre portée !! Bon évidemment, je ne vous promets pas que vous allez faire du Yann Arthus-Bertrand, pour la simple raison que… je ne fournis pas l’hélicoptère… 😉

Dromedary caravan in the dunes, near Nouakchott, Mauritania (18°09’ N – 15°29’ W).

Ce que je veux vous apporter aujourd’hui, c’est la possibilité de ne pas tourner en rond et de vraiment progresser dans votre œuvre. Par œuvre, j’entends cette courte définition issue du dictionnaire le Petit Larousse:

Œuvre: Production de l’esprit, du talent.

Petit Larousse

La plupart des photographes amateurs acquièrent des compétences suffisantes pour exposer correctement, réaliser des compositions réfléchies, décentrées, etc… And so what ? Commençons par le commencement, voici la première étape de la progression en photo:

Technique et théorie – Première étape de la progression en photo

On commence tous par là. D’emblée je vous le dis, l’objectif est de sortir de cette première étape dans laquelle restent coincés l’immense majorité des photographes. Ce n’est pas si simple parce que notre société fait tout pour qu’on en reste à ce stade. C’est le principe même du capitalisme: il faut consommer… Ainsi sommes-nous submergés de pubs et d’articles sur le matériel sur internet, dans les magazines, dans les médias. En nous promettant toujours plus de netteté et de couleurs vives, ils mettent ces (mauvaises) valeurs au premier plan. Le nombre de forums, de clubs photos et de sites internet qui parlent de matériels et de techniques est vertigineux.

3 questions pour se remettre… en question

Prenez quelques secondes pour considérer ces questions:

  • Est-ce qu’un seul grand nom de la photographie est devenu célèbre pour la netteté et les couleurs vives et réalistes de ses photos? Non…
  • Où se situe, dans notre société, un grand photographe que vous admirez ? Je vous cite quelques noms à la volée: Cindy Sherman, Sebatiao Salgado, Rachael Talibart, Ted Gore, Willy Ronis, Dolorès Marat (3 hommes, 3 femmes, notez…). Ce sont des artistes, ils pratiquent un art, qui appartient à la culture d’une société.
  • Est-ce que vous voyez beaucoup de publicités pour la culture ? Non…

Les réponses à ces questions étayent mon propos. Notre société capitaliste nous tire vers le bas. Elle fait de nous de moins bons photographes en nous faisant baver sur tel nouvel objectif, tel nouveau modèle de chez Sony, Canon, Nikon et autres. Si chaque fois que vous lisez un article sur du matériel vous lisiez à la place un passage d’une monographie d’un domaine photographique qui vous intéresse, que ce soit le portrait, la photo de rue ou n’importe quoi d’autre, vous vous tireriez de vous-même vers le haut.

Il n’y a aucun mal à tomber dans ce piège et continuer toute sa vie à lire des articles sur les techniques photographiques et sur le matériel. Je suis tombé dedans moi aussi. Tout converge pour nous faire stagner à ce stade.

C’est dommage, car un tout petit “effort”, j’écris effort, mais ça n’en est pas un, c’est une démarche, une démarche de votre part suffirait à faire de vous un photographe de bien plus grande envergure. Nous allons voir ça dans les étapes 2 et 3.

Fini d’apprendre la technique et la théorie alors?

Non, absolument pas !! J’y reviendrai moi-même quand je ferai de l’astrophotographie par exemple. Il n’est pas inutile, bien au contraire, d’apprendre de nouvelles techniques. L’important est de ne pas passer sa vie à ça. Si vous décidez de vous lancer dans une nouvelle pratique photo, bien sûr qu’il vous faudra revenir à cette première étape, mais ce sera une démarche volontaire pour vous former de manière spécifique. Pour reprendre mon exemple, je reviendrai à l’étape 1, celle où on consulte des blogs, des forums, des articles sur le matériel, le jour où j’aurai décidé à me mettre à l’astrophotographie derrière mon télescope.

Ne prenez du temps pour lire et visionner sur le plan technique que ce dont vous avez besoin. Si vous décidez de vous mettre à la macro, bien sûr qu’il va falloir apprendre la technique, la théorie et le matériel. Mais sortez-en dès que possible.

Un bon objectif, un excellent appareil et une technique hors du commun n’ont jamais fait un bon photographe.

La culture – Seconde étape de la progression en photo

A moins d’être doté d’un don exceptionnel, on ne devient pas un grand photographe sans passer par cette étape. Quel que soit le domaine artistique ou sportif, tous les héros ont eu leurs propres héros. Eric Clapton connaissait par cœur le répertoire de ses aînés qui jouaient du blues. Il a décortiqué dans sa tendre jeunesse, plan par plan, des milliers de morceaux de blues.

En photo, Cartier-Bresson, reconnu comme l’un des plus grands photographes du XXe siècle, a construit son œuvre sur ce qu’il a appris dans ses cours de dessin et de peinture. Il ne se définissait d’ailleurs pas lui-même comme un photographe, mais comme un peintre !!

Il serait donc complètement erroné de croire qu’un excellent photographe a été touché par la grâce divine, qu’une inspiration magique s’empare de lui quand il prend une photo. Ça ne marche pas du tout comme ça !!

Un photographe “de talent” est un quelqu’un qui a une culture artistique. Photographique pour l’essentiel, mais Cartier-Bresson est lui-même un parfait contre-exemple. Il a appris la photo de ses maîtres en dessin et en peinture… Un artiste est quelqu’un qui, à travers son art, transmet une vision, une sensibilité. Et vous en conviendrez, une vision et une sensibilité, ça n’est jamais vendu avec un objectif ou un appareil photo !!

Le mieux, c’est que c’est facile…

Et non, n’ayez pas peur, se cultiver est aujourd’hui très facile et accessible à tous. Le problème vient simplement du fait que la culture n’a pas d’intérêt financier dans ce monde capitaliste. Elle n’est donc pas ou très peu mise en avant sur les blogs, pubs, médias, sites web… Si la culture se monnaye très mal, elle n’en est pas moins accessible.

Seule votre volonté de ne pas accéder à la culture vous en empêche.

C’est la culture qui va vous révéler quel photographe vous voulez devenir. Je vais prendre l’exemple d’une personne avec qui j’ai échangé récemment, je mettrai seulement ses initiales ici: G.G.

Un cas typique

G.G. était avant tout photographe de paysage. Suréquipé pour son domaine de prédilection, du grand angle au zoom surpuissant, plusieurs trépieds, toutes sortes de filtres et autres gadgets. Il s’avère que G.G. a accumulé des milliers de photos de paysages. Sa maîtrise de son matériel est juste parfaite, il prépare ses sorties avec des applications mobiles pour savoir comment sera la lumière, à telle heure, à tel endroit, etc. Il est techniquement au top, il calcule l’hyperfocale de tête, rien à redire.

Tout semble parfait, et pourtant… Malgré ses milliers de photos parfaitement exposées, cadrées, retouchées, il a un goût d’inachevé. Il ne se sent pas comblé. En échangeant avec lui sur internet, j’essaye de savoir ce qu’il connait de la photo, en-dehors de son matériel, ses applications et son logiciel de retouche. Le verdict est sans appel:

Il est riche de technique et pauvre de culture.

Je comprends alors qu’il ne s’est pas trouvé, qu’il n’exprime rien. Qu’a-t-il fait toutes ces années ? Il a produit des photos dans un domaine dans lequel il excelle, encouragé par tous les gens qui lui disent que ce qu’il fait est “génial”. Non, il n’est pas génial, il est juste bon en technique. Il produit des photos jolies, mais il n’exprime rien. Les photos qu’il produit sont consommables immédiatement parce qu’elles sont “belles”, mais on les oublie toutes. Il a juste oublié, ou pas pris conscience, comme presque tout le monde (regardez les photos Facebook, Instagram, Flickr…), que l’art est un moyen d’expression.

S’exprimer n’est pas seulement montrer...

Il ne s’est pas trouvé lui-même dans la photo. Il n’est pas artiste. Bien qu’étant un excellent technicien en photo de paysage, il reste juste un photographe amateur et non un artiste photographe. Pour reprendre cette fameuse maxime du philosophe:

Deviens ce que tu es.

Friedrich Nietzsche

Mes 2 conseils à G.G.:

  1. Photographier moins, mais photographier mieux en travaillant en série cohérente (lire l’article)
  2. Se cultiver, s’ouvrir. Je l’ai orienté vers divers bouquins, dont celui-ci (Tout sur la photo. Panorama des mouvements et des chefs-d’œuvre):

Pour faire court, ce livre comme son nom l’indique, retrace la photographie depuis sa création jusqu’à aujourd’hui et y aborde tous les courants, tous les styles. La photo de rue, le nu, le paysage, tout y passe. G.G. y découvre Hiroshi Sugimoto, et là, c’est la révélation. Fasciné par le personnage et son œuvre, il découvre la photographie qu’il veut produire. Il se découvre en tant que photographe. Vous vous rappelez de Nietzsche? Deviens ce que tu es…

Hiroshi Sugimoto est un photographe japonais contemporain. Pour paraphraser le livre dont je viens de vous parler, Sugimoto a notamment conçu une série “Marines” ayant pour propos “la recherche d’un site demeuré inchangé depuis l’aube de l’Humanité.” Il est connu pour son œuvre basée sur l’opposition ombre et lumière.

Mais qu’est donc devenu G.G. ?

G.G. s’est trouvé un propos (et même plusieurs en fait…). Il fait toujours de la photo de paysage, c’est son truc, mais il a un message, et même plusieurs, mais je vais en retenir un pour l’exemple. Il ne se contente plus de dire, à travers ses photos: “Regardez comme j’expose bien, comme je cadre bien et comme je retouche bien mes photos”. L’un de ses projets consiste à mettre en relation la beauté de la nature et la laideur de l’activité humaine. Chacun de ses clichés, dans cette série, intègre toujours des paysages splendides et un élément polluant: fumée d’un énorme bateau de croisière (archi polluantes les croisières…), plastique sur le sable ou dans l’herbe, poubelle débordante, etc… L’association beauté naturelle et cochonneries humaines est saisissante au fil des photos de son projet.

progression en photo GG

Ce projet a notamment donné naissance à un deuxième, que je trouve génial: Il photographie toujours un paysage splendide avec un déchet, mais il shoote maintenant avec une très faible profondeur de champ qui laisse seulement deviner le paysage à couper le souffle, mais en le rendant très flou. En revanche le déchet est lui très très net !!

Troisième projet, aussi issu du premier, il photographie toujours un paysage superbe, mais presque complètement caché par un détritus: Plastique, poubelle débordante, fumée de pot d’échappement, etc…

Le message de ces projets est fort et facilement compréhensible de tous: L’activité humaine, la pollution, gâchent et détériorent la beauté de la planète.

Comment se cultiver ?

Il s’agit d’être curieux et de choisir les bonnes sources. Ne lisez pas de livres qui parlent de technique. Lisez plutôt des livres thématiques qui abordent un domaine précis et vous montrent les œuvres reconnues par des experts liées à un genre précis. On appelle ça des monographies. Celui-ci en est un bon exemple pour la photo de rue:

Retenez simplement qu’en vous ouvrant à la culture photographique, vous aurez très vite le déclic: “C’est ça que je veux faire“. Vous allez alors peut-être et même sûrement copier le style de votre artiste préféré. Et alors ? Tous les artistes du monde commencent comme ça. En musique on commence par copier les morceaux de nos idoles et puis petit à petit, on devient un mélange de nos idoles, et c’est ça qui nous rend unique !

En photo c’est le même principe. Si vous avez le déclic pour la photo de portrait en noir et blanc, lisez des monographies sur le portrait, lisez des biographies des plus grands portraitistes. Copiez les tous en même temps, et sans même vous en rendre compte, vous deviendrez un mélange de ceux qui vous ont inspirés.

Produire – Troisième étape de la progression en photo

Par “produire”, il faut entendre “construire”, “accomplir”. “Produire” ne signifie pas “prendre des photos techniquement réussies”. Ça, c’est ce que vous devez faire à l’étape 1. Et le problème, je le redis, c’est que l’immense majorité des photographes restent coincés là… Quel dommage !! Sortez du lot !

En effet, on peut photographier tous les jours sans jamais rien accomplir. Combien de photographes entassent et accumulent des milliers de photos sans construire rien qui fasse sens (n’est-ce pas G.G. 😉 ) ? L’ultime étape de la progression, c’est de produire un ou des projet(s) cohérent(s). Être à la tête, au sommet d’une œuvre.

On reconnait un artiste à ce qu’il a accompli.

Vous êtes maître du temps

Vous pouvez consacrer quelques semaines, quelques mois ou quelques années à un projet. J’ai parlé de la série “Marines” d’Hiroshi Sugimoto qui a révélé à G.G. quel photographe il voulait devenir. Sugimoto a accompli cette série en 22 ans, de 1980 à 2002. Vous pouvez bien sûr travailler sur plusieurs projets en simultané, c’est ce que je fais pour ma part. Ça permet de varier les plaisirs, et de ne sortir qu’avec le matériel dédié à ce projet. Inutile de trimbaler un 100-400 mm pour aller faire de la photo de rue. Inutile de trimbaler un trépied pour aller faire quelques photos pour ma série sur les sauts de planches en skate-park puisque je shoote les boards à 1/400eme minimum.

Travailler en mode projet vous permet de progresser en photo. Cela vous apporte une expertise du sujet, de la façon de le mettre en valeur, de le traiter. Vous aurez l’expertise des réglages adéquats, l’expertise de la lumière adaptée à votre sujet, l’expertise de la composition pour le sublimer dans son environnement. Expertise encore du post-traitement sur logiciel à travers l’harmonie que vous apporterez aux images de votre projet.

Devenant expert du/des sujet(s) que vous avez choisi(s), vous allez pouvoir aller chercher en vous, exprimer en quoi ce sujet vous parle à travers vos photos. En allant loin dans le sujet, en le photographiant beaucoup, vous saurez ce que vous voulez en montrer, ce qu’il vous inspire, quelles émotions il vous procure. Vous y êtes, vous vous exprimez enfin ! Vous parlez de vous, avec vos tripes et vos émotions ! Une démarche artistique a vu le jour ! Vous n’êtes plus un simple photographe amateur, vous êtes un artiste photographe car vous vous exprimez à travers votre art.

Vous ne pouvez pas échouer !!

Dans le pire des cas, votre production ne sera pas à la hauteur de vos espérances. Et alors? Alors trois possibilités:

  1. Puisque vous n’êtes pas pleinement satisfait, c’est que vous avez le recul pour voir ce qui ne vous convient pas ! C’est très positif: Retirez du projet les photos qui ne vous donnent pas satisfaction, et lors de vos prochaines sorties, vous serez plus pointu sur vos exigences, sur vos réglages, vous aurez une “vision” de plus en plus précise de ce que vous voulez obtenir. Vous allez plus cibler avec vos tripes d’artiste.
  2. Vous vous rendez compte que la tournure que prend le projet ne correspond pas à votre intention. C’est parfait ! Créer un projet consiste à faire des ajustements perpétuels. Par exemple, vous prenez conscience du fait que le format 3:2 au format paysage dont vous aviez décidé au départ donne trop de dynamique à vos photos. Votre sujet est statique, graphique, que sais-je, et vous vous dites un beau jour qu’un cadrage 1:1 (carré) serait plus pertinent. Parfait, adoptez ce nouveau format, recadrez vos anciennes images si possible, sortez du projet celles qui ne s’y prêtent pas. Rien ne vous empêche de retourner sur les mêmes lieux pour refaire les mêmes photos mais cadrées au 1:1. Vous avez trouvé comment ajuster la technique par rapport à ce que vous disent vos tripes !
  3. Vous vous rendez compte que ce projet qui vous a emballé au départ n’aura pas l’impact voulu au final, que la série ne présente que peu d’intérêt, que vous ne mettez pas de vous dedans, que vous montrez sans rien exprimer. C’est simple: Laissez tomber sans penser que c’était du temps perdu. Rappelez-vous alors les mots de Nelson Mandela:

Je ne perds jamais: Soit je gagne, soit j’apprends.

Nelson Mandela (1918-2013)

Dans tous les cas, votre progression en photo est assurée grâce à l’expertise que vous aurez accumulée dans ce projet. Cette expertise sera transférable dans bien d’autres situations.

Quantité vs qualité

Ayez conscience enfin du fait que la qualité de votre œuvre photographique ne dépend pas du nombre de photos que vous prenez !! Photographier beaucoup n’est utile qu’à l’étape 1. L’important pour votre progression en photo, je parle de qualité, n’est plus de photographier beaucoup, mais de photographier mieux, c’est à dire avec cohérence, que vous fassiez du portrait, du paysage, les deux, ou complètement autre chose…

Mise à jour du 17/01/2021: Andreas Gursky, photographe allemand contemporain, produit moins de 10 images par an (environ 8 d’après lui). Cela dit, il peut passer des mois à peaufiner une photo. C’est l’un des photographes les plus chers du monde. Sa photo 99 cents II Diptychon de 1991 s’est vendue pour la modique somme de, tenez-vous bien, 3,34 millions de dollars

“Je n’ai pas le niveau”

Deux choses sont indispensables pour démarrer un projet:

– Savoir faire une mise au point correcte (c’est pas bien compliqué, y’a l’autofocus qui fait 99% du boulot).

– Savoir exposer un sujet. Et encore… Selon le projet sur lequel vous vous lancez vous pourriez peut-être vous contenter du mode P et de la correction d’exposition…

Pas besoin d’être extrêmement expérimenté pour commencer à produire une œuvre. C’est ça qui est génial avec la photo. Pas besoin d’années de pratique pour produire une oeuvre artistique qui a du sens. En musique, ont dit qu’il faut environ 10 000 heures de pratique pour avoir un excellent niveau. Pas 10 000 heures à écouter ou se renseigner sur le matériel hein (comme ça se fait beaucoup en photo malheureusement), mais bien 10 000 à gratter des cordes, faire des gammes, souffler dans le biniou, etc…

progresser en photo

Quel plus bel exemple que Vivian Maier qui a produit une œuvre en photographiant juste son quotidien. Matériel complètement à la rue par rapport à ce dont on dispose aujourd’hui, aucune formation. Et pourtant… Donc le niveau, vous l’avez !! La qualité d’un travail photographique n’a rien à voir avec la quantité de travail fourni. Entasser des milliers de clichés ne fait pas progresser en photo. La qualité d’une œuvre photographique (rappelez-vous, quand je dis œuvre, il peut ne s’agir que de séries de 8-10 photos, ou plus ou moins, c’est vous le chef…), la qualité donc, dépend de la cohérence dans le message, dans l’intention, mis en valeur par une focale, une couleur, un traitement, une profondeur de champ, un format 1/1 (carré), 3/2, 4/3, etc…

“Je n’ai pas d’inspiration”

L’inspiration n’existe pas… C’est un peu provoquant, mais je veux dire par là qu’elle n’existe pas telle qu’on l’entend. Un artiste n’est pas quelqu’un qui se lève le matin avec l’inspiration divine. Il n’y a rien de magique dans l’inspiration. L’inspiration n’est pas un truc inné. Un artiste est juste inspiré parce qu’il se met au boulot. C’est tout. Il part d’une idée, commence des esquisses, bricole autour, il essaye, il change un truc ici, un truc là. Il peut aussi complètement arrêter et repartir sur une autre idée. Combien a-t-on retrouvé d’esquisses qui n’ont jamais abouties à des œuvres? Et surtout, combien d’esquisses de musique, de peintures, de sculptures ont finies à la poubelle et on n’en saura jamais rien?

La SEULE chose à faire, c’est de commencer quelque chose, maintenant.

– Vous pouvez partir d’une ou plusieurs ancienne(s) photo(s) à vous et décider de développer plus avant une idée.

– Vous pouvez simplement vous demander ce que vous aimez, ce qui vous plait, de quoi vous aimez parler, ce que vous aimez regarder. Une passion peut être un bon point de départ: Un sport, les fleurs, un animal, la cuisine (j’ai vu des œuvres étonnantes sur la cuisine…).

Progresser en photo avec la cuisine ?

Il y a tellement de trucs à développer autour de la cuisine. Faire une série sur la cuisine va contraindre votre progression en photo. Il va vous falloir jouer avec la lumière et les matières, les formes. Il y a tout ça en cuisine: des formes (pots, ustensiles, boites, ingrédients), des matériaux: bois, inox, carton, plastique, verre (pensez à la transparence ;-), liquides, des couleurs (fruits, légumes, viandes, portes de placard, packaging alimentaire). Toute la matière est là pour faire une bonne série photo. Il va vous falloir retranscrire en image les odeurs, les saveurs, suggérer par l’image ce que vous ressentez, pas seulement “oh la la qu’elle est belle ma tartiflette”. On est pile-poil dans une démarche artistique !!

Le quotidien à la rescousse

Un exemple de série cohérente tout bête: Photographier chaque ingrédient qui entre dans votre recette préférée ou un plat que vous faisait votre maman (ou votre papa) et que vous adoriez. Une dizaine de photos (plus ou moins, aucune importance), que vous travaillez bien pour prendre le temps de mettre chaque sujet bien en valeur: Plans très rapprochés d’éclaboussures d’huile (attention quand même…), fumée de farine qui tombe dans le bol, flammes de cuisson, vapeurs, etc. Cherchez une lumière, un angle, une vitesse, etc. Je vous conseille juste de garder le même format pour toute la série (1/1, 3/2, 4/3).

Chaque photo mène à la suivante pour déboucher au final sur une sensation, sur de l’envie, sur un sourire, en tout cas sur ce que vous ressentez.

Terminez ou ponctuez la série par, que sais-je, un gros plan de chaire de poule sur votre peau, témoin de votre satisfaction, un nez aux narines démesurément ouvertes, une bouche gigantesque, une photo de vous enfant. Montrez le frisson, la satisfaction, le souvenir.

Progresser en photo avec le vélo ?

Allez, un deuxième exemple pour la route. Vous êtes passionné de vélo? Aucun intérêt à photographier le vélo en entier (et c’est vrai pour presque tout d’ailleurs), mais un vélo est constitué d’innombrables pièces. Vous avez une multitude de formes à exploiter: Ronde (roues, pignons, bouts de guidon vus de profil, sonnette, etc…). Lignes (barres du cadre, chaîne tendue, etc…). Triangle (tubes du cadre, freins, câbles, selle). La géométrie sur un vélo est une idée SIMPLE.

C’est ça le truc si vous ne savez pas quoi photographier: Partir d’une idée SIMPLE et commencer à photographier. Commencez par exploiter une idée basique et voyez si elle évolue. Elle peut vous conduire à cibler un sujet encore plus précisément. A l’opposé elle peut s’ouvrir pour vous donner un sujet de projet plus large. Elle peut aussi vous conduire à une autre idée, sans lien avec l’idée simple du départ ! Peu importe l’évolution. Ce qu’il faut, c’est commencer à photographier.

Progresser en photo avec les chats ?

Encore une fois, plutôt que photographier les chats en entiers, pourquoi ne pas faire une série de photos représentant toutes sortes de couleurs de pelages plein cadre? Sans montrer ni pattes, ni têtes, ni oreilles, rien d’autre que la robe qui occupe 100% du cadre (nota: la robe c’est la couleur, le motif et la longueur de ses poils…).

Vous pourriez aussi vous intéresser à toutes les formes de queues de chats et montrer cette extraordinaire variété. 10 photos, ou 38, ou 4 (c’est vous le chef !!) avec juste, à chaque fois, une queue de chat et rien d’autre qui traverse votre photo, en soignant toujours l’arrière-plan. Essayez, vous verrez que ce n’est pas si facile. L’idée est de se spécialiser temporairement, quel que soit le sujet. Vous allez devoir gérer la vitesse d’obturation (le mouvement), la focale, l’arrière-plan je l’ai dit, l’angle, vous habituer à photographier au ras du sol, etc. En vous spécialisant 10 jours, 2 mois ou 3 ans sur un sujet selon le temps que vous souhaitez y consacrer, vous allez produire des photos cohérentes et maîtriser la technique associée à telle ou telle pratique.

Regardez, une fois encore, les plus grands spécialistes photo dans leur domaine (la culture les amis, la culture): Tout est maîtrisé et contrôlé, lumière, cadrage, couleurs, temps, post-traitement, pour servir leur intention, que ce soit un message, une opinion, un témoignage, une sensation.

Le sujet, c’est vous…

Interrogez votre sensibilité vis-à-vis de votre sujet et faites-en sorte de “photographier votre sensibilité“. Faites un focus sur ce qui vous étonne, vous fascine, vous charme dans votre sujet. Cela consiste souvent à nettoyer le cadre de votre photo. Entendez par là simplifier vos photos, retirer, sortir du cadre, tout ce qui n’est pas lié à votre message.

Pour résumer

Passez très vite aux étapes 2 et 3

Il n’y a pas de mal à consulter des forums, des blogs, des sites de photo pour apprendre des techniques, des astuces. L’important est de vous cantonner à ce qui va servir votre propre production photographique. Si votre truc c’est le portrait, inutile de perdre du temps sur les grands angles et les longues focales. Et inutile de passer un temps fou à comparer tel 80mm avec tel autre, parce que la qualité de vos photos ne dépendra jamais du matériel, mais de ce que vous en faîtes… La société de consommation essayera toujours de vous faire croire le contraire.

La curiosité est un bon défaut

Ouvrez-vous à la culture photographique, ouvrez-vous à la culture tout court. Même vos séries Netflix préférées peuvent vous donner des idées et vous aider à comprendre des choses. Un exemple: Observez comment dans le 7eme art (j’associe Netflix au 7e art en ce sens qu’il s’agit du media de l’image animée, rien de plus…), la lumière est toujours optimisée pour les hautes lumières ! On préférera toujours éviter de “cramer” (surexposer) un élément de moindre importance, quitte à plonger le personnage principal (de première importance pourtant !), dans l’ombre, partiellement ou totalement. Je ne dis pas qu’il faut appliquer ça comme une règle immuable en photo, surtout pas ! Simplement, observez, quand vous regardez une série, un film, comment est exploitée la lumière. Encore une fois, ils préféreront mettre le personnage central dans l’ombre plutôt que cramer la lumière d’une fenêtre inutile en arrière-plan.

Commencer…

L’inspiration vient en se mettant à photographier. Partez du principe que TOUT peut être photographié, c’est ce que dit aussi Joël Meyerowitz. Si vous ne me croyez pas moi, vous pouvez le croire lui 😉 … C’est le seul photographe ayant été autorisé à accéder aux décombres des tours du World Trade Center lors de l’attentat terroriste du 11 septembre. C’est dire que le bonhomme a fait ses preuves… Tout peut être photographié, mais ne devient intéressant qu’à travers ce que vous en faîtes, au sens et à la cohérence que vous allez donner à votre œuvre photographique. Partez éventuellement, faute d’une idée précise, d’un détail, et soyez attentif à tout: Les formes, les lumières, les textures, les contrastes.

Un artiste ne fait que parler de ses émotions et de ses ressentis dans ses sculptures, ses peintures, ses films, sa musique, sa danse. Alors faites en sorte que vos photos parlent de vous…

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2 réflexions au sujet de « Les 3 étapes de la progression en photo »

  1. Salut, Je suis toujours impressionné par la qualité de votre travail. Mon commentaire ne porte pas sur le sujet dont tu parles , mais de photos de rue. Voilà , je vis au Québec Canada et j’aime bien la photo de rues. Je lis partout , dont le célèbre Joel Meyerowitz , qui dit que la rue nous appartient . On peut tout photographier, en théorie oui, c’est vrai peut-être à New-York , mais ici au Canada il y a eu un jugement de la Cour suprême, le plus haut tribunal du pays dans l’affaire Duclos. Un photographe avait publié une photo d’une adolescente assise dans des marches , une photo qui a été publiée dans un journal à faible tirage. Mais la jeune femme a demandé réparation parce que le photographe ne lui avait pas demandé son autorisation. Elle a gagné . Je vous donne la référence . La rue zone interdite, l’affaire Gibert Duclos, un documentaire qui relate toute l’histoire. J’aimerais avoir votre opinion à ce sujet. Merci.

    1. Bonjour René, merci pour vos chaleureux compliments qui me touchent. Une vraie récompense pour le temps investi. Concernant l’affaire Duclos, je la déplore… Le sujet que vous abordez ici est très intéressant. Il y a, selon moi, 2 points à considérer pour juger de cette affaire.
      – Le premier concerne l’intégrité morale de cette jeune fille suite à cette publication. En a-t-elle subi un quelconque préjudice véritable, comme des moqueries, des railleries ? Son honneur a-t-il été bafoué ? D’après ce que j’ai lu, ce n’est pas ce contre quoi la pseudo-victime s’insurge.
      – Le second concerne l’objectif de cette image. Y a-t-il une démarche commerciale? Si une photo a une vocation financière, comme une publicité, alors oui, bien sûr, on se doit de demander à quelqu’un son avis avant de faire du fric avec sa tête. Ici ce n’était pas le cas. La photo n’avait que des fins journalistiques, documentaires.

      Concernant cette affaire, mon opinion est tranchée: Au nom du droit à l’image, on tend vers une société liberticide, étouffée. Le “droit à l’image” n’a été qu’un prétexte pour tirer un profit d’ordre financier de cette photo, qui n’a été au final, pour cette demoiselle, non pas un préjudice, mais une aubaine…

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