Photo de paysage: 21 conseils pour de meilleures images

Que vous soyez fan de portraits, de photo de rue, de photo de reportage ou quoi que ce soit d’autre, vous avez tous fait de la photo de paysage à un moment donné. C’est peut-être le genre photographique le plus populaire et c’est tant mieux, ça veut dire que l’être humain est encore sensible à la beauté de sa planète, et on peut espérer que cela participera à la sauver. J’aime penser et espérer que les photographes de paysage ne jettent ni plastiques ni détritus en tout genre dans la nature, qu’ils consomment de manière responsable, qu’ils détestent Monsanto, Trump et le Round-Up…

Cela dit, bien que la discipline soit populaire, je vois encore énormément de photos de paysages qui pourraient être grandement améliorées par de toutes petites choses. Voici donc 21 conseils que vous pouvez appliquer pour produire de meilleures images. Du débutant au confirmé, il y en a pour tout le monde, dans le désordre :-)… Classer du plus simple au plus complexe aurait été une tâche ardue et pas plus productive, donc…

Vous pouvez appliquer 1 seul conseil à la fois, en cumuler plusieurs, et si ça vous fait plaisir, n’en appliquer aucun ! 😉 Mais dans tous les cas vous saurez que des solutions existent pour améliorer vos images et apporter un de la variété à vos prises de vues.

Conseil 1: L’horizon

Je ne classe pas les conseils, mais celui-là je ne le mets pas en premier par hasard, vous n’en êtes sans doute plus à ce stade si vous me suivez depuis un petit moment. Cela dit, il faut bien en parler, car dans les groupes Facebook et ailleurs je vois encore beaucoup trop souvent une ligne d’horizon de travers. Pour ma part, je vais être honnête, c’est tellement simple aujourd’hui d’avoir un horizon droit que c’est une faute que je ne pardonne plus: Je zappe aussitôt la photo pour aller voir ailleurs. Pourquoi? Parce que cela dénote clairement une négligence du photographe. On peut ne pas être encore très performant en composition, ne pas bien maitriser son triangle d’exposition, ne pas savoir créer un flou d’arrière-plan, tout cela je le conçois très bien, pas de problème. Mais une photo de travers…

Si vous êtes archi-débutant, c’est la première chose à faire: S’assurer que la photo est droite. Et si elle ne l’est pas parce que c’est votre volonté, pour une raison artistique ou de message à faire passer, alors assurez-vous que votre “lecteur” (oui, on lit une photo), n’en ai pas le moindre doute. Sans quoi vous serez catalogué d’emblée dans la catégorie “ne sait pas prendre une photo“. 🙁

5 manières d’avoir un horizon droit

Pour produire une photo dont l’horizon est irréprochable, les solutions ne manquent pourtant pas:

  1. Utiliser le niveau numérique sur l’écran (ou dans le viseur) de votre appareil. Regardez dans la notice de votre boitier si vous ne savez pas si cette fonction existe sur votre modèle.
  2. Utiliser le niveau de votre trépied. Tous n’en sont pas pourvus bien sûr, mais beaucoup quand même.
  3. Les lignes horizontales et verticales déplaçables sur l’écran. Sur mon Panasonic GX8 j’ai cette possibilité. Il suffit d’afficher les lignes et avec le doigt de les glisser sur l’écran. Pratique dans certains cas: Paysage, architecture…
  4. Utiliser le cadre des tiers ou la grille qu’on peut afficher sur de nombreux appareils. La ligne horizontale du haut ou du bas peut vous servir de repère sans être obligé de respecter la règle des tiers bien sûr.
  5. Le post-traitement sur le logiciel de votre choix. Très simple sur Lightroom, Darktable, Rawtherapee et autres…

Voilà, je vous ai donné 5 façons, y’en a bien une qui va marcher nom d’une pipe !!

Conseil 2: Le trépied

Le trépied, matériel incontournable de tout photographe de paysage qui se respecte. Tellement utile en photo de paysage, que si je devais ne recommander qu’un seul accessoire, ce serait celui-là. Il va vous permettre de jouer sur la vitesse d’obturation pour des poses longues, d’être stable pour fixer vos filtres (voir l’article complet sur les filtres), de faire des panoramiques. Je vous invite à lire cet article sur les trépieds et mes conseils d’achat.

Le conseil bonus: Quand vous photographiez avec un trépied, désactivez la stabilisation (petit bouton sur l’objectif le plus souvent). Car l’image sera bien fixe, mais l’objectif cherchera quand même à stabiliser ce qui n’a pas à l’être et pourra induire des perturbations.

Conseil 3: L’autofocus

Si votre image comporte beaucoup d’éléments à des distances très différentes, n’hésitez pas à prendre les choses en main: Passez de l’autofocus en manuel ( AF à MF) et choisissez le ou les collimateur(s) sur le(s)quel(s) vous voulez absolument faire la mise au point. Dans le cas contraire, il y a toujours le risque que l’appareil ne choisisse pas l’élément que vous souhaitez voir le plus net. Si vous n’utilisez pas une profondeur de champ maximale, votre objet principal pourrait se retrouver flou. On voit souvent ça chez les débutants. Alors prenez le contrôle !! Un outil de plus en plus présent sur les boitiers, le focus peaking, met en couleur les contours des objets situés dans la meilleure zone de netteté. Utilisez-le donc si votre appareil en est pourvu !

Conseil 4: La profondeur de champ

Ne la laissez pas au hasard. A vous de voir si vous souhaitez inviter votre lecteur dans l’image par un léger flou d’avant plan ou si vous voulez accentuer un élément du paysage en le laissant plus net que le reste de la photo. Vous pouvez également faire le choix d’avoir une profondeur de champ maximale pour être net du plan le plus proche au plus éloigné.

Vous êtes un photographe, ce n’est pas à l’appareil de décider de ça. Tout dépend de ce que VOUS voulez montrer, de l’histoire que VOUS voulez raconter, pour reprendre une formule bien connue.

Vous devez donc maitriser l’ouverture, la distance focale, la distance de mise au point, tous ces facteurs qui ont une incidence sur la profondeur de champ. Je vous renvoie à ce sujet sur l’article sur le bokeh.

Pour obtenir une netteté maximale, vous pouvez vous familiariser avec l’hyperfocale. Pour ma part je m’en sers, d’autres pensent que ça ne sert à rien. Je pars du principe que puisque ça existe et que c’est facile quand on a compris, je n’ai aucune raison de m’en passer !!

Je vous propose une autre solution plus rapide bien qu’un peu moins précise mais pouvant être suffisante:

  1. Choisissez une petite ouverture (disons entre f/11 et f/16)
  2. Faites la mise au point sur le tiers inférieur de l’image en appuyant sur le déclencheur à mi-course (vous pouvez utiliser le quadrillage de la ligne des tiers pour trouver précisément l’endroit de la mise au point)
  3. Recomposez et appuyez à fond.

Conseil 5: Le retardateur

A défaut de trépied, si vous devez exposer pendant un temps relativement long, c’est très utile. Disons qu’à partir d’1/60e de seconde (c’est variable en fonction de pas mal de paramètres, mais ça vous donne un ordre d’idée), le risque augmente d’avoir une photo floue. Le retardateur “annulera” la micro-vibration due à l’appui sur le bouton.

Conseil 6: Le temps d’exposition

pose longue

Pour varier vos compositions, utilisez ce paramètre pour suggérer le mouvement. Nuages, eau, gens, animaux, végétaux… Un effet de filé ou des nuages qui s’étirent grâce à une pose suffisamment longue évoquent le temps qui passe et donnent de la dynamique à vos photos. On n’est plus dans l’instant figé, encore une fois on suggère le mouvement (j’aime bien l’expression, alors je la mets deux fois. Je fais ce que je veux c’est mon article ;-)). C’est tout un univers qui s’offre à vous avec la pose longue. Je ne vais pas réécrire ce que vous trouverez dans mes deux articles sur les filtres ND. Le premier se trouve donc , le deuxième ici.

photo de paysage - pose longue

Je vous invite à tester ce kit de 3 filtres qui vous permettra, pour un prix dérisoire, de décupler la beauté de vos photos de paysage. En lisant le deuxième article sur les filtres ND ci-dessus, vous saurez pourquoi je recommande ce kit et surtout cette marque.

Un conseil qui me vient à l’esprit pour les utilisateurs de reflex: Si vous faites de la pose longue avec un élément proche dans votre composition, levez le miroir. Vous minimiserez le risque que cet élément soit flou.

Conseil 7: La balance des blancs

Dans la majeure partie des cas, la balance des blancs en automatique sera adaptée à la photo de paysages. Ce sera le cas en journée: laissez en AWB (Automatic White Balance). C’est le nom qu’elle porte le plus souvent. En levé et couché de soleil, tentez de régler sur lumière du jour, ombre ou nuageux. Voyez quel réglage permet d’optimiser le rendu, de réchauffer la scène par exemple en mettant en valeur les tons orangés.

Pour les adeptes du post-traitement sur ordinateur (ce que je ne saurais trop vous recommander !), laissez en automatique. L’avantage de shooter en RAW, c’est que la balance des blancs n’est pas fixée à la prise de vue. Vous pourrez le faire à tête reposée sur l’écran, ce sera bien plus efficace. Efficacité qui viendra du fait que dans votre logiciel, vous pourrez la modifier beaucoup plus finement, défaire, refaire, pour montrer exactement ce que vous vouliez montrer ou être créatif.

balance des blancs
Balance des blancs
Utilisation créative de la balance des blancs

Conseil 8: Gérer la dynamique

La dynamique de l’image, c’est la différence entre les zones les plus claires et les zones les plus foncées de l’image. Si vous ne gérez pas ce contraste, vous raterez un sacré paquet de photos de paysage et vous vous condamnez vous-même à rester dans la catégorie débutant-amateur. Je vous renvoie donc à mon article complet sur le sujet. Rapide résumé ci-dessous:

Un schéma pour bien comprendre la problématique:

plage dynamique

La bande noire et blanche en dégradé représente toutes les informations de luminosité de la photo que vous voulez prendre. A droite, en blanc, les zones très claires (soleil et ciel en paysage le plus souvent). A gauche en noir, les zones sombres. Entre les deux, toutes les nuances de luminosité de l’image.

Votre œil (lignes rouges) distingue à peu près tout. Votre boitier lui, ne “voit” pas tout ça. Tous les éléments de votre scène à gauche du cadre bleu seront noirs sur votre photo, sans détail. Tout ce qui est à droite sera blanc, sans détail non plus. Si vous ne gérez pas ça, la photo aura un rendu négligé, amateur… Je vous ai proposé 4 solutions, qui sont détaillées dans l’article:

  • Recomposer votre image pour faire “entrer” la dynamique de la scène dans celle de l’appareil (dans le cadre bleu sur l’illustration ci-dessus)
  • Utiliser un filtre dégradé gris neutre (ou filtre GND)
  • Faire du HDR (Voir l’article dédié).
  • Exploiter la situation pour en tirer partie.

Conseil 9: Faites des silhouettes

Il ne faut pas faire que ça bien sûr, mais avouez que ça a du style. La technique en bref:

  1. Réglez sur mesure de luminosité spot (voir ici comment faire)
  2. Placez la zone la plus lumineuse au centre du cadre
  3. Mémorisez l’exposition (bouton * chez Canon et AE-L AF-L chez Nikon)
  4. Faites la mise au point sur votre sujet, recomposez, déclenchez.

Conseil 10: Revenez…

…si vous pouvez. Et oui, vous pouvez trouver un endroit qui vous inspire, mais ce n’est peut-être pas la bonne lumière, le bon moment, les bonnes conditions: Trop de lumière, trop de touristes, trop de vent, le soleil mal placé, etc… Tous les bons photographes font ça. Pour certaines photos je me suis déplacé plusieurs fois au même endroit, sachant qu’il avait du potentiel. On m’a dit que j’avais le don de saisir le bon moment. Mais pas du tout !! Je n’ai pas de don, c’est juste que je me déplace et que je reviens jusqu’à avoir LA photo. Et pour ça il faut parfois attendre les conditions optimales. Évidemment, en voyage ce n’est pas toujours possible. Vous n’allez pas regrimper le lendemain au sommet de l’Everest parce qu’aujourd’hui c’était un peu nuageux 🙁 D’où mon conseil suivant.

Conseil 11: Renseignez-vous sur la météo

Une sortie photo, ça se prépare. Et pas seulement le matériel: Quel objectif je sors, quels filtres je mets dans ma poche, quel trépied, la carte SD bien vidée, etc… Le mieux est d’avoir une idée de la ou des photo(s) que vous voulez faire. Si vous voulez faire des silhouettes comme ci-dessus et qu’on annonce un ciel très bas, très couvert, autant remettre à plus tard. Si vous voulez une très grande profondeur de champ pour un paysage somptueux mais qu’un épais brouillard vous attend… Encore que le brouillard en pose longue ça peut être…. WAOW!! Vous avez compris le principe, si vous arrivez avec votre super-téléobjectif mais qu’on ne voit pas à plus de 10 mètres, vous auriez peut-être mieux fait d’apporter un grand angle pour profiter de la brume.

En vacances notamment c’est dommage de louper un spot exceptionnel, autant décaler d’un jour ou deux, réorganiser le séjour…

Quelques recommandations donc: Météo France, mais aussi The Photographer’s Ephemeris, un outil fa-bu-leux. Citons encore les applications Sunseeker et Photopills, excellentes.

Conseil 12: Baissez-vous

La nature vous comblera de petits miracles pour peu que vous fléchissiez les genoux de temps à autre. Ça vous permettra de mettre éventuellement un avant-plan sur votre paysage: Des herbes, des pierres, un chemin de terre, ou encore de donner un point de vue original à votre photo, voire de guider le regard de votre spectateur. Quelques brins d’herbes folles, peut-être un peu floues, qui évoquent le vent, l’ambiance, pourront joliment agrémenter un paysage qui serait sympa, mais qui devient du coup poétique, romantique. Pensez à la structure, à la texture du sol: Terre, graviers, herbe, c’est une vraie richesse pour le photographe qui prend la peine de mettre le nez dessus. Alors mettez le nez dessus… 🙂

photo de paysage terre escaliers

Conseil 13: La règle des tiers

Impossible de ne pas aborder le sujet dans un article sur la photo de paysage, que l’on soit pour ou contre cette règle. Elle déchaine les passions. J’ai pu constater que certains photographes, même chevronnés, expérimentés, l’utilisent beaucoup, voire même, pour certains, quasi systématiquement, alors que d’autres la fustigent avec véhémence. Mon avis est plus nuancé que ça, même si je vous recommande fortement de vous en détacher pour vous exprimer pleinement en photo de paysage. J’ai déjà rédigé un article complet là-dessus, lisez-le ici.

Ne soyons pas butés

Pour reprendre la conclusion de mon article, je ne fustige pas la règle des tiers, je lui accorde même quelques vertues:

  1. Un intérêt pédagogique pour les grands débutants. En se forçant à mettre leur sujet sur un point fort ou sur une ligne de tiers, ou en mettant l’horizon sur une de ces lignes, cela leur met le pied à l’étrier pour s’ouvrir à la composition. On sait que les débutants ont tendance à centrer leur sujet et ne savent pas trop comment sortir de ça, comment composer. C’est un peu comme leur mettre des roulettes sur le vélo. Ça permet de se lancer sans tomber. Et petit à petit, comme on enlève les roulettes, on enlève les lignes. La plupart des appareils permettent d’afficher ces lignes sur l’écran.
  2. Un intérêt d’urgence. Quand on se retrouve devant un paysage qu’on voudrait fixer sur la carte SD mais que, pris dans un groupe de rando, de copains, de famille qu’il faut suivre et/ou ne pas ralentir et qu’on n’a juste le temps de régler à l’arrache l’exposition et qu’il ne reste pas de temps pour la composition, je préfère me servir de la règle des tiers, de manière plus ou moins précise, et ramener l’image plutôt que cadrer n’importe comment et être déçu. L’avantage de la règle des tiers, c’est qu’on est sûr d’avoir une photo qui, à défaut d’être originale, sera équilibrée.

Conseil 14: Le nombre d’or

Si je parle de la règle des tiers, je dois aussi parler du nombre d’or qui avait lui aussi fait l’objet d’un article dédié. La composition avec le nombre d’or a l’avantage d’être plus subtile, moins visible qu’avec les lignes de tiers et les points forts des tiers. Certains appareils permettent aussi d’afficher le quadrillage du nombre d’or. Ne me demandez pas comment ça marche, ce qui est certain, c’est que le nombre d’or a été utilisé dans tous les arts: Peinture, Sculpture, Architecture, etc… Même en musique !! Je suis guitariste de rock, donc l’analyse classique, c’est pas mon truc, mais certains ont retrouvé des séquences d’harmonie tirées du nombre d’or chez Jean-Sébastien Bach (excusez du peu) ainsi que chez Xenakis, Dufay, Bartok et d’autres. On le retrouve aussi beaucoup dans la nature, dans les plantes notamment.

Bref, aucune raison que nous, photographes, on ne tente pas de mettre notre grain de sel là-dedans. Comme beaucoup d’autres avant moi, j’ai essayé de photographier à l’aide du nombre d’or. Effectivement la composition est équilibrée et agréable et semble moins figée que via la règle des tiers. Bon, je trouve ça sympa quand le sujet s’y prête, avec une fleur dans le paysage par exemple, mais je ne passerais pas mon temps à jouer avec le nombre d’or.

Essayez, de temps en temps c’est sympa, encore une fois quand le sujet s’y prête, de composer sa photo autour de ce nombre mystérieux. Pour cela, il faut utiliser la courbe de Fibonnaci, ou spirale de Fibonacci issue du nombre d’or.

nombre d'or - courbe de Fibonacci

Conseil 15: Un avant-plan

Un élément en premier plan est une accroche visuelle qui permet à votre spectateur d’entrer dans l’image. Il donne de la profondeur à la photo. Gardez à l’esprit qu’un beau paysage ne fait pas une belle photo. Un beau paysage ne fait pas une photo intéressante.

Faites bien la distinction: Une photo d’un beau paysage n’a pas le même sens qu’une belle photo de paysage.

C’est en cela qu’il vous faut apporter quelque chose à votre paysage pour le faire vivre, raconter quelque chose. C’est tout l’art de la photographie. Je vais prendre un exemple un peu extrême pour que vous saisissiez bien le sens de mon propos. Votre paysage est un immense parc magnifiquement entretenu, avec des allées bien droites, des haies bien taillées, des fleurs dont on imagine le parfum, avec au fond un splendide palais tout illuminé, qui respire la richesse et l’opulence. Prenez-le de face, tel que vous le voyez. Vous avez une excellente profondeur de champ, votre exposition est parfaite. Vous venez de faire une photo d’un beau paysage. Est-ce que votre photo est intéressante pour autant? Certainement pas.

Maintenant attendez que passe ce clochard que vous avez repéré. Il pousse son caddie, ses habits son sales, on imagine l’odeur, il a le teint cireux, maladif. Votre avant-plan vient de métamorphoser votre photo. Elle véhicule désormais un fort message politico-économique.

D’une photo d’un beau paysage vous avez fait une belle photo intéressante.

Conseil 16: Le post-traitement

Aujourd’hui

On m’a encore dit récemment, et on me le dit souvent: “Je veux faire des photos naturelles, sans retouche, de la photo authentique, comme avant”. C’est un leurre. Un leurre car vous avez là des expressions antinomiques: “naturelles, sans retouche, authentique” d’un côté et “comme avant” de l’autre. Le traitement des photos a toujours existé.

Avant

Depuis la nuit des temps photographiques (jolie mon expression là non?) la retouche existe. Le processus de développement de la photo a toujours existé, et il s’appelle d’ailleurs toujours comme ça dans Lightroom. C’est pareil qu’avant, en mieux, c’est tout… A l’époque, on triturait ses noirs (la photo couleur n’existait pas encore) avec des procédés chimiques pour augmenter le contraste par exemple. On donnait des effets par des moyens qui n’ont sans doute plus cours aujourd’hui (hormis une poignée de passionnés des techniques de l’époque sans doute). Quand la couleur est arrivée, la chimie a été utilisée pour augmenter la saturation de certaines couleurs. Aujourd’hui, on fait la même chose, de manière bien plus précise et rapide, de chez soi, derrière un ordinateur.

Le post-traitement fait partie intégrante du processus photographique.

Une question de vocabulaire…

C’est peut-être simplement le mot “retouche” qui fait grincer des dents certains d’entre vous. Vous avez l’impression de falsifier, de retirer de l’authenticité. Dites “développement” à la place de”retouche” et ça ira beaucoup mieux, parce que c’est la même chose !! La différence c’est qu’avant on faisait la retouche avant d’avoir la photo. Aujourd’hui on a la photo non-développée (le RAW), puis la retouche (=le développement), puis la photo développée. Comme je le disais, c’est comme avant, en mieux… Attention, je n’ai pas parlé de “montage“, mais bien de “retouche“, faites bien la distinction. Dans le montage, on va assembler des éléments de diverses sources, on n’aura pas à la fin la même image que celle qu’on avait dans le viseur, à la prise de vue.

Une parenthèse sur les RAW

Les fichiers RAW sont les fichiers non-compressés produits par votre appareil s’il n’est pas paramétré pour vous sortir les traditionnels fichiers JPG. L’extention ( l’information après le point dans le nom de fichier: nom_du_fichier.extension) change en fonction des marques. .arw (Sony), .crw .cr2 . cr3 (Canon) .dng (Adobe) .nef .nrw (Nikon) .orf (Olympus) .rw2 (Panasonic), etc.

Tous les photographes un peu expérimentés savent que les fichiers RAW, qui ne sont pas, sachez-le, des images, mais juste des données numériques, sont un peu fades en termes de couleurs, et peu contrastées. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle vous ne pouvez pas ouvrir un fichier RAW dans Windows: Ce ne sont pas des images. Une photo en RAW est FAITE pour être sublimée via le post-traitement. C’est pour ça qu’on shoote en RAW. La “photo authentique”, la “technique d’époque”, le “comme avant”, le “vraie photo sans retouche”, c’est du fantasme. Pas besoin d’être un génie de l’informatique ni d’acquérir un logiciel hors de prix: Des logiciels gratuits faciles à appréhender dans leurs bases, quelques curseurs à déplacer à l’instinct, puis l’instinct se transformant vite en expérience, et vos photos de paysage vont faire un gigantesque bond en avant visuellement.

Combien de fois je me suis dit, à mes débuts en photo: Pas terrible ma photo… Et trois clics plus tard, un passage en noir et blanc, un coup de contraste et d’exposition, un chouilla de clarté et ma photo a pris de l’impact visuel. Plus d’hésitation donc: Post-traitez !! (Je sais, c’est pas français, mais tout le monde a compris 😉 ).

Conseil 17: Guider le regard

Plus facile à dire qu’à faire, c’est un petit défi, mais le sentiment d’accomplissement que vous retirerez de votre photo n’en sera que plus grand. Plusieurs pistes à explorer, cumulables ou non.

guider le regard
  • Utiliser les lignes et courbes du paysage, que vous pouvez faire partir depuis un point bas de la photo pour l’amener vers le sujet principal de votre paysage.
  • Un flou progressif au premier plan est une invitation à porter son regard au loin. C’est exactement le principe de la vision humaine: Si on regarde loin, ce qui est près est moins net, et inversement. L’écran que vous regardez en ce moment est net alors que ce qui se trouve loin derrière est flou. Un premier plan moins net sera donc une invitation à regarder ce qui est net: votre paysage.
  • Trouver un point d’accroche, depuis lequel tout part. A l’inverse on peut dire que tout converge vers ce point: Routes, cours d’eau, reliefs, fils électriques, couleurs, lumières, etc.
  • Le post-traitement en jouant sur les flous, on en a parlé, en diminuant ou en accentuant l’exposition, le contraste, la saturation de certaines zones. Une technique plus avancée est également efficace, il s’agit du Dodge and Burn. Je vais faire un article dédié à cette technique prochainement.

Conseil 18: La patience

Tout un tas d’éléments peuvent venir impacter la qualité esthétique, voire artistique si vous l’exploitez bien, d’une photo de paysage: Les nuages qui arrivent ou qui partent, un animal (je pense aux goélands ici à Cannes), l’attitude d’un personnage, une lumière, un véhicule, un reflet, bref, un paysage peut changer très viten et devenir intéressant pour peu qu’on soit patient.

J’ai ainsi eu la chance lors d’un séjour à l’étranger, de chercher un point de vue original pour un paysage magnifique: Une colline aux couleurs splendides avec un minuscule village au beau milieu. Je ne voulais pas me contenter de la banale photo-carte-postale: “Ouh la la qu’il est beau le p’tit village sur la belle colline“. Encore une fois, un beau paysage ne fait pas une belle photo, ça fait juste une photo de beau paysage… Donc je cherchais quelque chose à faire de ce cadre tout à fait charmant. Car charmant c’est bien, splendide c’est mieux. Je m’étais plié et tortillé dans tous les sens, j’avais tenté des compositions avec des branches d’arbre, j’avais inclus puis retiré un petit pont en premier plan, bref, j’avais fait ce qu’on devrait tous faire: Chercher.

C’est ainsi qu’Eole, le maitre des vents dans la mythologie grecque, est venu me donner un coup de pouce après… pas mal de temps. Une percée dans les nuages a permis aux rayons du soleil de frapper pile-poil le petit village, et rien que lui !! Avec un petit coup de post-traitement pour bien mettre en valeur les rayons et j’ai décroché le gros lot. Je ne poste pas la photo car je l’ai présentée à la mairie qui me l’a achetée, je n’en possède donc plus les droits bien qu’étant l’auteur. On m’a dit que j’étais un photographe génial, sauf que non ;-)… C’est la nature qui est géniale, moi j’ai appliqué bêtement mon conseil n°18

Un appareil photo, des yeux et du temps

Pas besoin de marcher des heures pour voir un truc digne d’être photographié. Calez-vous autour d’un lac par exemple. Laissez votre œil et le temps faire le reste. Il va forcément se passer un quelque chose: Un coup de vent et des feuilles qui tombent en pluie, un canard qui va faire la cour à la cane de ses rêves…

Conseil 19: Levez-vous tôt

mais pas que… Par ce titre j’entends: Profitez des fameuses Golden Hours. Il faut donc se lever tôt pour en profiter le matin, car le soir, évidemment, c’est plus facile. Personne ne se couche avant le soleil sauf rythme de travail en décalé. Vous devez le savoir, c’est là que la lumière est la plus propice à vous gâter. Juste avant et juste après le lever ou le coucher du soleil, la lumière est douce, les ombres sont longues voire inexistantes, les couleurs chaudes. Plutôt que Golden Hours, on devrait parler de Golden Minutes pour être plus près de la réalité, parce qu’en 10 secondes tout change parfois…

N’arrivez pas à l’heure pile mais suffisamment à l’avance pour vous préparer: Matériel: trépied, filtres ND et/ou polarisant, télécommande, etc. Composition: Trouver le bon emplacement, le bon point de vue. Vous pouvez même venir étudier votre composition bien avant, vous renseigner sur la météo (voir conseil n°11), et revenir le jour J. Essayez une pose longue avec filtre ND, voire sans s’il fait assez sombre, sur l’eau, dans les Golden Hours, vous m’en direz des nouvelles.

Applis utiles

Parlons encore une fois de The Photographer’s Ephemeris, en ligne ou en appli sur Smartphone. Entre bien d’autres choses, ce logiciel vous donnera les meilleurs heures pour vos prises de vues, l’orientation du soleil sur une carte de l’endroit que vous visez, etc.

Une petite appli gratuite et sympa: Planit Live. Elle existe en version payante (Planit Pro), mais la version gratuite est suffisante. Un compte à rebours est affiché pour l’endroit que vous visez: “1 heure 23 mins jusqu’à l’heure d’or du soir”. Elle indique aussi les levers et couchers de Lune et l’heure bleue. L’heure bleue, c’est la période entre le jour et la nuit pendant laquelle le ciel est d’un bleu sombre.

pose longue golden hours

Conseil 20: Polarisez !

Hein? De quoi? Un filtre polarisant bien sûr, un incontournable de la photo de paysage !! Le filtre polarisant a deux avantages.

  1. Il sature les bleus (très bien pour le ciel et la mer !!) et un peu les verts (couleur la plus présente dans la nature et la mieux “vue” par l’œil humain qui distingue beaucoup, beaucoup, beaucoup plus de nuances dans les verts que dans n’importe quelle autre couleur. C’est un avantage du polarisant, mais à la limite, ça, on peut faire aussi bien et même mieux au post-traitement. Pour ceux d’entre vous qui photographient en JPG ou en RAW+JPG, c’est quand même un plus indéniable.
  2. L’incontournable avantage du polarisant, c’est qu’il fait une chose impossible à reproduire avec un logiciel: Il supprime les reflets non-métalliques. C’est à dire qu’il va permettre de voir à travers l’eau ! Et croyez-moi, ça change TOUT !

Retrouvez l’explication complète sur l’avantage et les bénéfices du polarisant dans mon article dédié aux filtres photos.

filtre polarisant

Je vous recommandais ce filtre en particulier puisqu’en l’achetant vous effectuez en même temps un geste pour la planète: Emballage recyclacle et 5 arbres replantés via l’organisme auquel s’est affiliée la marque GOBE. Il vous suffit de choisir le bon diamètre (affiché sur votre objectif le plus souvent) sur la page…

Conseil 21: Profitez du mauvais temps !!

N’en v’là un drôle de conseil !! Mais oui ! Évidemment ! Un ciel chargé de nuages sera toujours plus intéressant qu’un ciel bleu immaculé. Plus de relief, plus de matière, une scène plus dramatique.

Le temps de merde, c’est le bonheur !!

Le vent: A vous les feuilles qui volent. Tentez la pose longue sur les feuilles qui volent: Paysage fixe et trainées de feuilles en filé, joli résultat au rendez-vous.

La pluie:

  • Pendant: Même chose, tentez la pose longue. Faites un gros plan sur l’impact de la pluie dans une flaque, sur une bassine, les plumes d’un canard. Un chien qui s’ébroue avec un filtre ND8, ça devrait être pas mal du tout !
  • Après: Il y aura des milliards de gouttes suspendues partout ! Impossible de ne pas en trouver une qui vous plait 😉 Laissez votre créativité parler, prenez le temps, tournez autour des gouttes, vous allez ramener au moins une photo géniale, c’est garanti (sans facture…).

Il n’y a pas dans ces exemples que des photos de paysages, mais je voulais juste illustrer le fait que la pluie est un matériau de création formidable…

La neige, la grêle, sont aussi de la matière photographique à l’état pur. Les fans de macro iront scruter ça de près. Les fans de plans larges vont créer des ambiances. N’hésitez pas à sur-exposer, à flouter, à expérimenter.

Un bon photographe est un chercheur.

Vous n’allez pas trouver le vaccin contre la rage, ça sert rien, c’est déjà fait. Pasteur a préféré la médecine à la photographie, tant mieux pour nous. En revanche le chercheur que vous devez devenir va trouver des pépites d’or photographiques. Cherchez. Trouvez. Soyez fier. Et recommencez…

Le mot de la fin

La rédaction de cet article m’a demandé des heures de travail. La plus belle récompense que vous puissiez me donner serait de le partager massivement autour de vous. Facebook, Instagram, Twitter, tout est bon !

Merci à vous de m’avoir lu et de me laisser un petit commentaire qui est toujours le bienvenu ! J’espère qu’au moins un de mes conseils vous sera utile !!

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