Photo de rue: Ne les ratez plus !

Les scènes de rue sont bien souvent fugaces. Si vous avez déjà tenté la merveilleuse aventure de la photo de rue, vous savez de quoi je parle. Le moment que vous auriez souhaité figer pour l’éternité s’est évaporé à tout jamais sous vos yeux. Vous avez eu le temps d’attraper votre appareil, l’allumer, le mettre en mode priorité ouverture, régler sur une ouverture ni trop grande pour assurer une profondeur de champ suffisante, ni trop faible pour avoir une vitesse d’obturation qui autorise le mouvement du sujet et du photographe que vous êtes (et qui ignore encore qu’il va rater la photo de sa vie…).

Et là, c’est le drame… Vous levez le nez, l’action est terminée, les protagonistes s’en vont, le fabuleux rai de lumière, quasi divin, s’est éteint, vous comprenez, incrédule, que vous allez rester dans l’anonymat toute votre vie. L’image qui restera gravée pour toujours dans votre mémoire ne sera jamais transférée sur carte SD. Quelle tristesse !

Comment ne plus rater de photo de rue ?

photo de rue

Pour aborder la solution à ce problème, je vais faire un petit retour en arrière, dans les années 30.

Arthur Fellig, dit “Weegee”

Weegee, de son surnom de photographe, était connu à l’époque pour avoir réussi à sortir des clichés (oui, on disait encore des clichés en ce temps-là….) sur tous les événements croustillants de la vie new-yorkaise (on apprendra plus tard qu’il fut l’un des premiers journalistes à avoir dans sa voiture une radio réglée sur la fréquence de la police de New-York…). Quand on lui demanda comment il s’y prenait pour réussir ses fameuses photos, faites dans l’instant, il répondit en exactement 4 mots . Ces 4 mots seront le titre du paragraphe suivant…

“f/8 and be there”

Weegee exprima donc en 4 mot, “f/8 and be there” l’essence même de la recette de photo de rue.

Je vous laisse vous débrouiller avec ça ou je développe? 😉 On va aller un peu plus loin, poursuivez votre lecture de façon à voir comment gérer au mieux votre matériel en photo de rue.

Développons le concept

Ce qu’il faut comprendre à travers cette formule que j’adooooore, “f/8 and be there“, c’est que l’action l’emporte sur la réflexion. Il s’agit en photo de rue d’être opportuniste, être là (“be there“). Être opportuniste exige de simplifier la technique, d’être présent et préparé. Concrètement, cela signifie qu’on n’a pas le temps de mettre au point des techniques photographiques compliquées. Tout du moins, on s’occupe de la technique en amont, et votre œil, votre ouverture sur votre environnement devront se charger du reste en mode Lucky Luke.

Les réglages

Venons-en aux faits. Il nous faut, pour être disponible, rapide et efficace dans l’instant, des réglages qui maximisent autant que possible nos chances de réussite.

  • L’ouverture f/8 (le fameux f/8 de Weegee), offre une profondeur de champ suffisante pour la plupart des sujets. C’est une ouverture qui permet de laisser entrer une quantité de lumière suffisante (en journée) pour être exposé correctement. Elle permet d’autre part de garder une vitesse d’obturation assez élevée pour figer les mouvements des protagonistes tout en vous protégeant du flou de bouger. Elle offre enfin une profondeur de champ tout à fait correcte pour que l’objet de votre photo ne soit pas flou. F/8 n’est pas une valeur figée, vous pouvez vous caler à un STOP de plus ou de moins en fonction des conditions de luminosité.
  • Choisissez le mode manuel (M) si vous êtes suffisamment à l’aise avec. Il faudra faire quelques photos-test pour voir si les réglages sont bons pour votre lieu d’observation. Au pire, mettez-vous en mode de priorité ouverture (A/Av) et jouez avec le correcteur d’exposition si un nuage arrive/part. Pourquoi le mode manuel? Pour que les réglages soient figés, pour ne laisser aucune chance à l’appareil de prendre une décision (ce que font tous les autres modes).
  • Réglez vos ISO de manière à avoir une vitesse d’obturation de 1/250 minimum. Dans ces conditions, vous minimisez le risque de flou.
  • Réglez l’autofocus sur manuel et passez au point suivant…
  • Faites la mise au point sur l’hyperfocale. Pourquoi? Parce que vous ne savez pas si l’action va se passer à 2 mètres ou à 15. Vos réglages figés en mode manuel, l’hyperfocale ne changera pas, de ce fait vous êtes certain que votre sujet sera dans la zone de netteté! Pas bête hein? Exemples: Vous montez un 24mm sur un Canon 700D ou un Nikon D70 (ce sont des capteurs APS/C), votre zone de netteté commencera à seulement 1m50 et se terminera… à l’infini.

Le zone focusing, alternative à l’hyperfocale

A première vue, ça peut sembler barbare, cependant, c’est tout simple ! Le principe est élémentaire: Vous faîtes une mise au point, manuelle, ça va sans dire, mais ça va mieux en le disant, sur la zone où l’action va se dérouler. Vous êtes donc sur votre poste d’observation: Pourquoi pas une table au troquet du coin. Face à vous un arrière-plan intéressant: Un échafaudage et ses croisillons, une fontaine, le reflet d’une vitrine, peu importe. Choisissez une ouverture moyenne qui offre une bonne profondeur de champ, autour de f/8. Il ne vous reste plus qu’à faire la mise au point sur un objet, une personne, qui se trouve dans la zone surveillée.

  • Côté matériel, un appareil peu encombrant est idéal. Un énorme boitier reflex avec son gros objectif est toujours moins maniable et discret qu’un appareil de taille plus modeste. Un écran orientable sera le bienvenu car utiliser l’écran à hauteur des yeux tel le touriste moyen peut manquer de discrétion. Il permettra entre autres de shooter avec l’appareil accroché autour du cou, à hauteur de la taille, de passer par-dessus des barrières, des gens.
  • Désactivez, si vous n’êtes pas sur un reflex, le bruit émis au déclenchement. La mécanique des reflex est bruyante, si on veut être discret, elle peut vous faire repérer, d’autant plus si vous êtes en mode rafale.
  • Puisqu’on en parle, c’est une évidence: Activez le mode rafale, est-il bien utile de vous expliquer pourquoi ?
  • Choisissez une focale plutôt courte, qui vous permettra de figer l’action dans son contexte. Cela enrichira votre photo, vous aurez éventuellement tout loisir de la recadrer par la suite. Et puis vous aurez peut-être aussi la chance de capturer au passage les réactions intéressantes des personnes environnantes !

Cela peut paraître beaucoup de choses à faire, mais détrompez-vous! Au final ça ne vous prendra que 2-3 minutes de réglage maximum quand vous aurez un peu l’habitude. Il faut partir du principe qu’il va falloir être réactif pour capter des scènes qui peuvent être fugaces. Il n’y a pas de seconde chance. En paysage, vous avez souvent le temps de peaufiner. Vous pouvez faites une photo de test, vous recadrez, changez un paramètre. En photo de rue, on peaufine AVANT. Vous n’aurez ensuite plus rien d’autre à faire que cadrer (plus ou moins à l’arrache selon ce qui se passe).

Performance du matériel et technique photographique

Pour faire de la photo de rue, pas besoin d’un appareil extrêmement pointu, cher, performant. Si vous possédez un appareil principal avec un capteur plein format et toute sa batterie d’objectifs, ainsi qu’un appareil d’appoint de type compact expert, prenez le plus petit, le plus discret, le plus maniable. Notons que c’est un domaine de l’art photographique où l’essentiel est dans l’action et la disponibilité immédiate. La photo de rue n’est pas dans un registre très technique comme le portrait ou la photo de paysage. Dans ces registres, vous cherchez la lumière, la composition, l’esthétisme, la singularité. La photo de rue, c’est l’art de capturer des fragments de vie, fugitifs, drôles ou intenses, qui sans vous auraient disparus à tout jamais, d’où l’intérêt de vous y mettre dès maintenant !

Et après

Après c’est à vous de voir… Au choix:

  • trouvez-vous un poste d’observation fixe. Nul doute que tout est possible: planqué derrière un pot de fleur (pas DANS le pot de fleur, là c’est vous qu’il faudra prendre en photo 😉 ), à la terrasse d’un café, sur un banc, un coin de rue, etc.
  • baladez-vous au petit bonheur la chance. Gardez les yeux bien ouverts sur tout ce qui vous entoure, soyez ouvert, en sorte que VOUS provoquiez la chance. Regardez devant, derrière, en haut, en bas, sur les côtés, soyez curieux !
  • dans tous les cas: BE THERE !!

Voilà, si vous avez des techniques à partager, des questions sur la photo de rue, c’est le moment ! Alors n’hésitez pas, c’est juste en-dessous dans les commentaires !

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