Mode manuel. Mieux? Indispensable?

Entendons-nous bien, il n’est pas question dans cet article d’essayer de vous convaincre que le mode manuel (M) est mieux ou moins bien que les modes priorité ouverture (A ou Av) ou priorité vitesse (S ou Tv). Je n’aborderai pas le mode programme (P), pour la simple raison qu’aucun photographe ne l’utilise, du moins je n’en ai jamais rencontré ni entendu parler. Je n’irai donc pas dire qu’un mode est meilleur que l’autre pour la simple raison que ce n’est pas le cas. Ils ont tous leur raison d’être et possèdent chacun des avantages et des inconvénients.

mode manuel
mode manuel

Maintenant que je vous ai expliqué à quoi ne va pas servir cet article 🙂 , voici en quoi il consiste: Mon objectif est de démystifier le mode manuel. Beaucoup, beaucoup, beaucoup d’entre vous le considèrent comme trop compliqué et trop lent à utiliser. Si je veux démystifier cette croyance c’est que, je vous le dis, c’est un mythe… Il y a même des cas où le mode manuel s’avère beaucoup plus pratique, voire indispensable, j’en parlerai en fin d’article. Parfois l’un ou l’autre des modes semi-automatiques (priorité ouverture ou priorité vitesse) peut être plus adaptés. Et surtout, dans la grande majorité des cas, vous pouvez utiliser indifféremment l’un ou l’autre, et vous verrez que le mode manuel est tout aussi rapide que les modes semi-automatiques.

Enfin, quand bien même vous préféreriez utiliser les modes A (Av) ou S (Tv), il est fort utile, j’en parlerai en fin d’article, de savoir se servir du mode M qui pourra vous sortir de quelques situations difficiles.

Mythe à démolir: Le mode manuel est plus compliqué et plus lent

Je ne parlerai pas ici du réglage de l’autofocus, ni de la mesure de la luminosité, etc. Tous ces réglages valent pour le mode manuel et les modes semi-automatiques, inutile donc de s’en encombrer, je me concentrerai donc sur l’essentiel, la comparaison des modes.

Prendre une photo, c’est prendre des décisions. Ici, une décision égal un réglage. Et nous allons voir qu’il y en a au final autant en priorité ouverture ou vitesse qu’en mode manuel !!

Les modes semi-automatiques

Vous voilà donc devant une scène que vous voulez photographier. Vous allez donc faire une succession de choix, associés à des réglages.

Première étape : Vous devez choisir ce que vous allez privilégier: Figer une action (ou montrer un mouvement), ou vous focaliser sur la profondeur de champ.

Deuxième étape: Vous mettre sur le mode adéquat: A (ou Av) ou S (ou Tv).

Troisième étape: Régler votre ouverture ou votre vitesse d’obturation.

Quatrième étape: Contrôler le rendu.

  • Si vous avez choisi la priorité ouverture: Contrôler si la vitesse choisie par l’appareil est convenable pour l’exposition et la gestion des mouvements: Sous-exposé, surexposé? Flou de mouvement ou flou de bougé ?
  • Si vous avez choisi la priorité vitesse: Contrôler si l’ouverture choisie par l’appareil est convenable pour l’exposition et la profondeur de champ: Sous-exposé, surexposé? Trop de flou d’arrière-plan (ou de premier plan), pas assez de contexte ?

Cinquième étape: Corriger en jouant sur les ISO ou en utilisant la correction d’exposition.

Sixième étape: Composer, mettre au point à l’endroit voulu, déclencher et éventuellement contrôler et repartir à l’étape cinq.

Décisions et actions

Vous avez donc pris 3 décisions, et agi en conséquence:

  1. Priorité ouverture ou priorité vitesse? — Réglage
  2. Quelle ouverture/vitesse est adaptée à mon intention? — Réglage
  3. Analyse du choix qu’a fait l’appareil automatiquement: Adaptation grâce aux ISO et/ou à la correction d’exposition

Le mode manuel

Première étape: Choisir si vous voulez mettre l’accent sur la profondeur de champ ou sur la gestion d’un mouvement.

Deuxième étape: Régler votre critère principal: L’ouverture ou la vitesse d’obturation.

Troisième étape: A l’aide de l’indicateur d’exposition (*), régler le deuxième paramètre (celui que vous n’avez pas choisi à l’étape 2 quoi…).

indicateur d'exposition
Indicateur d’exposition

Quatrième étape: Contrôler le rendu.

Cinquième étape: Au besoin, modifier le critère de l’étape 3 (ouverture ou la vitesse) ou les ISO.

Sixième étape: Composer, mettre au point à l’endroit voulu, déclencher et éventuellement contrôler et repartir à l’étape cinq.

Décisions et action

  1. Priorité ouverture ou priorité vitesse? — Réglage
  2. Quelle ouverture/vitesse est adaptée à mon intention? — Réglage
  3. Analyse de votre choix et adaptation, au besoin, grâce aux ISO ou au critère de l’étape 3.

(*) Un mot sur l’indicateur d’exposition. Dans les mode semi-automatiques, il vous indique le nombre de STOP que vous corrigez avec la molette de correction d’exposition. En mode manuel, il vous indique l’exposition dans la zone de mesure de la luminosité que vous avez choisie (Spot, pondérée centrale ou matricielle/évaluative/multizone). Le 0, au milieu, correspond à une exposition qui n’est ni surexposée, ni sous-exposée.

Analysons

Dans les deux cas, mode manuel ou priorité ouverture/vitesse, le nombre de vos décisions et actions est le même. L’un n’est donc ni plus compliqué ni plus rapide que l’autre. Encore une fois je ne fais pas de prosélytisme pour le mode manuel, vous êtes libre de vos choix. Vous pouvez choisir de continuer à utiliser majoritairement et même exclusivement le mode priorité ouverture si cela vous chante, mais il me semble bon de le faire en toute connaissance de cause.

Avec un peu d’habitude, le mode manuel, et c’est la première raison pour laquelle je le choisis, me permet d’avoir un meilleur contrôle de ma photo finale. Je m’en explique:

En semi-automatique

Je suis en priorité ouverture (A ou Av) et mes ISO sont en automatique: Quand je vais utiliser ma molette de correction d’exposition, l’appareil va décider tout seul de monter mes ISO ou de réduire ma vitesse. Je n’ai pas le contrôle là-dessus. Il va peut-être réduire ma vitesse et générer du flou de mouvement (si un sujet de la scène se déplace), voire même du flou de bougé si la vitesse est trop lente. Il va peut-être monter en ISO, créant ainsi du bruit numérique et détériorer la netteté de ma photo, et ce n’est peut-être pas ce que je veux.

Je peux également rester en mode priorité ouverture comme ci-dessus et mettre mes ISO sur 100-200-400, pour m’assurer qu’il n’y aura pas de bruit numérique. La correction d’exposition va uniquement influencer ma vitesse d’obturation.

En mode manuel

Je trouve beaucoup plus simple, satisfaisant et pertinent, de choisir moi-même si je veux modifier la vitesse d’obturation, la montée en ISO ou les deux !!

Je peux aussi décider, à cette étape, d’augmenter ou diminuer mon ouverture, ma vitesse ou mes ISO d’1 STOP, ou 2, ou 3 peu importe. Si j’ai compris ce qu’est un STOP (EV, IL ou DIAPH c’est la même chose), je n’ai par exemple qu’à tourner ma molette d’ouverture dans un sens et ma molette de vitesse d’obturation du même nombre de crans dans l’autre. Je peux ainsi, en 2 secondes, changer et contrôler le rendu de ma photo très simplement sans aucun problème d’exposition, puisqu’elle va rester la même.

Un autre critère important pour moi, mais c’est quelque chose qui est propre à chacun, on a le droit de s’en foutre ;-), est celui de la satisfaction décuplée quand je réussis une photo en mode manuel, car je sais que l’appareil n’y est pour rien, j’ai contrôlé et décidé de chaque paramètre. Je n’ai rien laissé au hasard et c’est une réelle source de plaisir.

La question qui revient souvent est: Quels sont les avantages et inconvénients des modes priorité ouverture, priorité vitesse et mode manuel? Ci-après voici ce qu’on pourrait en dire:

Modes semi-automatiques

Avantages

Quand la luminosité change en permanence, l’appareil recalcule à chaque fois l’exposition. Si vous devez prendre beaucoup de photos, cela peut être confortable de laisser votre boitier faire.

Beaucoup d’apprentis photographes trouvent plus simple de ne travailler qu’avec 2 paramètres. En priorité ouverture, seulement l’ouverture et les ISO. En priorité vitesse, seulement la vitesse et les ISO. Je ne suis pas d’accord avec cet argument, vous l’avez compris. Je comprends ce qu’entendent les gens par là. Mais ils se trompent, car ils jouent aussi avec le correcteur d’exposition. Au final, ils jouent sur tous les paramètres, mais en les contrôlant moins bien

Pour les débutants, ces modes permettront de rater moins de photos. Logique, l’appareil va prendre en charge une partie du boulot. Les problèmes d’exposition seront limités par l’automatisme.

Encore pour les débutants, on considère parfois que les modes automatiques favorisent l’apprentissage. Il y a un peu moins d’informations à (di)gérer d’un coup. Alors pourquoi pas, ceci dit il faut absolument figer les ISO (sur 100, 200, 800, peu importe). Avec les ISO en automatique, impossible de voir l’impact réel du réglage effectué.

Inconvénients

Les modes de priorité (ouverture ou vitesse) vous rendent dépendant du posemètre intégré à votre appareil photo. Si les conditions de luminosité sont idéales, ça passe. Sinon…

En effet, le posemètre ne cherche pas une bonne exposition. Il cherche à obtenir, dans la zone de mesure de la lumière que vous avez choisie (ce lien vous explique tout), un gris moyen. Le gris moyen, c’est le fameux gris 18%.

  • En mesure spot, ce sera un gris moyen dans les 3-4% de l’image (environ), sur le collimateur choisi.
  • En mesure matricielle (ou évaluative ou multizone), il va calculer ce gris 18% sur toute la surface de l’image.

Dans des conditions qui ne sont pas idéales, c’est à dire la grande majorité du temps, il va falloir compenser avec la correction d’exposition. Cela revient à photographier en mode manuel, avec moins de liberté de choix

L’utilisation de flash, pour du portrait en studio par exemple, ne permet pas une utilisation judicieuse de ces modes. En effet, en mode semi-automatique, le posemètre se base sur la lumière ambiante pour calculer l’exposition. Or avec des flash, une source de lumière importante va être apportée au déclenchement, faussant le calcul de votre boitier.

En astrophotographie une exposition très longue, au-delà de 30 secondes, n’est pas possible.

L’utilisation de filtres ND, pour les poses longues, est aussi un cauchemar en semi-automatique, surtout avec des filtres très opaques.

En paysage, faire de la photo panoramique en combinant plusieurs clichés n’est pas non plus optimal avec ces modes. A chaque prise de vue, l’exposition va être recalculée, et une fois les images assemblées, il pourrait bien y avoir un petit manque de cohérence dans les tons et les couleurs. Dans le pire des cas on verra même la délimitation entre les images. Horrible… et il va vous falloir rajouter à l’assemblage le temps de bidouiller votre photo sur Photoshop ou autre pour rattraper les différences d’exposition et/ou de couleur.

Une question de cohérence

Vous connaissez votre triangle d’exposition. Notons A l’ouverture, B la vitesse, C les ISO.

Si vous êtes par exemple en priorité ouverture, vous décidez donc de A pour le rendu que vous souhaitez. L’appareil calcule B automatiquement. Et si B ne vous convient pas (photo floue par exemple), vous allez devoir modifier C manuellement pour que l’appareil calcule un autre B.

Vous voyez l’incohérence ? Vous modifiez un paramètre qui ne vous dérange pas (ici les ISO) pour que l’appareil en modifie un autre… Personnellement ça ne me convient pas, je préfère régler le bon paramètre. C’est le meilleur moyen de progresser et de connaitre son matériel.

Pire, si vous décidez d’utiliser la mémorisation d’exposition, vous aller jouer avec: L’ouverture, les ISO, la correction d’exposition et la mémorisation d’exposition. C’est à dire plus de paramètres que si vous étiez en mode manuel. Là, vous vous compliquez clairement la vie avec le mode semi-automatique. Mais c’est votre droit 😉 .

Le mode manuel

Avantages

Si vous choisissez d’augmenter un réglage d’1 STOP ou plus, il vous suffit de diminuer d’autant de STOP un autre réglage pour garder la même exposition. Et vous choisissez lequel vous diminuez, pas l’appareil !

Par ailleurs je trouve ce mode plus pédagogique:

Prenons des exemples simples

Je prends une photo. Elle est, disons, sous-exposée. Je bouge ma molette de vitesse d’obturation pour augmenter mon temps de pose, et j’observe la différence. Je comprends instantanément l’impact de ce réglage.

Autre exemple: Je prends un proche devant un monument en photo, mais le monument est flou. Je change un réglage, et j’observe. Si la photo est plus claire mais le monument toujours flou, je sais quelles conclusions en tirer.

Il suffit de s’entrainer un peu , même chez soi, et on fini vite par anticiper à peu près la profondeur de champ donnée par telle ouverture, la vitesse approximative pour figer un piéton, un oiseau, une voiture, un sportif, etc. Ne modifier qu’un seul paramètre permet de le comprendre et le maîtriser.

Le mode manuel permet de shooter dans les meilleurs conditions là où nous avons vu les inconvénients des autres modes:

  • En studio, on règle son appareil une fois pour toutes en tenant compte du/des flash. Cela permet d’avoir strictement la même exposition au fil de tous les clichés. Pour la cohérence visuelle, on ne peut pas mieux faire.
  • En astrophotographie avec le mode Bulb pour les temps d’exposition de plus de 30 secondes (trépied obligatoire)
  • Pour les panoramas avec une exposition identique entre tous les clichés qui la composent.
  • Pour la facilité d’utiliser les filtres ND avec la bonne méthode. Vous faites vos réglages normalement, vous mettez votre ND 1000 et vous compensez les 10 STOP avec la vitesse d’obturation. Simple et efficace.

Quand vous changez d’appareil, le mode manuel est toujours le même. En semi-automatique, tous les appareils ne réagissent pas de la même manière. Quand on possède plusieurs boitiers, le mode manuel est un atout certain.

Enfin,j’ai déjà parlé plus haut de la satisfaction de prendre une photo où chaque est réglage est voulu, je ne reviens pas dessus.

Inconvénients

Quand on ne le maitrise pas encore, le mode manuel engendre de petits délais supplémentaires. On est un peu moins réactif. Bon, il suffit de passer un peu de temps à jouer avec pour au final être aussi à l’aise avec lui qu’avec les autres modes. Pour ma part, comme pour ceux qui y ont consacré un peu de temps, je suis plus réactif avec le mode manuel. Je connais mon boitier par cœur, je n’ai pas besoin de chercher les molettes, je sais dans quel sens les tourner sans y penser. Question de pratique et d’habitude.

A ce propos, il faut avouer qu’un appareil photo avec des molettes distinctes pour l’ouverture, la vitesse d’obturation et les ISO facilitent grandement la pratique du mode manuel. C’est le cas de mon Panasonic GX8, mais pas celui des boîtiers d’entrée de gamme ni de certains milieu de gamme. C’est pour moi un critère de choix d’un boitier d’avoir une molette dédiée pour chaque réglage. Quand on y a goûté, on ne s’en passe plus. Ne pas en disposer n’empêche pas d’utiliser le mode manuel cela dit. C’est juste une question de gymnastique des doigts.

mode manuel

Dans les inconvénients, j’en ai déjà parlé, quand les conditions de luminosité changent sans cesse, ça peut être assez pénible de régler sans arrêt. Je n’hésite pas dans ce cas à utiliser un mode semi-automatique, la priorité ouverture dans 95% des cas.

Enfin, dans une situation d’urgence, si je sais que je n’ai que 5 secondes pour allumer et déclencher, je sais que je n’ai pas le temps de faire mes réglages en manuel. C’est clairement une situation où le mode manuel sera moins réactif qu’un mode semi-automatique.

En conclusion

J’insiste sur le fait que chacun est libre d’utiliser le mode qui lui convient le mieux. Cela dit, et c’est l’objet même de ce blog, je pense qu’il serait dommage de vous priver d’une source de créativité et d’un outil précieux qui pourra vous sortir de situations difficiles.

Cessez de vous dire que c’est trop compliqué pour vous. Forcez-vous à l’utiliser le temps d’une sortie photo ou entrainez-vous chez vous, posé sur le canapé, sur le balcon ou dans le jardin.

Je terminerai en vous disant en quelques mots ce que le mode manuel m’apporte: Je sens que j’ai un contrôle total sur mes images. Et j’aime cette sensation…

Et vous, vous utilisez le mode manuel un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou pas du tout ?

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6 réflexions au sujet de « Mode manuel. Mieux? Indispensable? »

  1. Bonjour Philou, article vraiment très intéressant mais pourrais-tu éclaircir pour moi quelques points ?
    Les cas particuliers où le mode M s’impose n’appellent pas de commentaire.
    Quand tu parles de la nécessité de contrôler le rendu en mode M, cela signifie-t-il systématiquement prendre une première photo “brouillon” pour ajuster les réglages ?
    ” Je n’ai par exemple qu’à tourner ma molette d’ouverture dans un sens et ma molette de vitesse d’obturation du même nombre de crans dans l’autre”: c’est ce que fait le mode P en un seul geste si on choisi de fixer les Iso, alors pourquoi te parait-il inadapté ?
    “Mais ils se trompent, car ils jouent aussi avec le correcteur d’exposition”: je ne comprends pas, si je joue sur 2 paramètres (vitesse et iso par exemple) je n’aurai pas plus besoin d’utiliser le correcteur d’exposition qu’en M ?
    “Les modes de priorité (ouverture ou vitesse) vous rendent dépendant du posemètre intégré à votre appareil photo.”: mais ce sont les m^mes informations utilisées en mode M en utilisant l’indicateur d’exposition ?
    Merci pour ce que tu fais !

    1. Bonjour Yannick, merci pour ton commentaire. Tes questions sont pertinentes et légitimes. Je vais y répondre point par point.
      – Quand je parle du contrôle de rendu, la photo brouillon n’est pas obligatoire. Ça dépend un peu du temps que j’ai. Un exemple concret: Mes fils sont allés faire des sauts en skate récemment. Je savais que j’allais y passer un moment pour faire de la photo. J’ai choisi mon arrière-plan et j’ai fait une photo à l’arrache, à peine cadrée, avec des réglages approximatifs. C’est donc une photo brouillon en mode manuel, en réglant juste une vitesse assez élevée (les figure en skate sont rapides), j’ai choisi 1/400 environ, et ISO 100 puisqu’il faisait bien jour. J’ai attendu qu’ils passent dans le champ de mon appareil pour déclencher. J’ai alors contrôlé et ajusté. Dans ce cas j’ai bien fait une photo brouillon “à l’arrache”. D’un autre côté, il y a quelques jours, j’étais à Cannes très tôt et j’ai voulu profiter des golden hours du matin. Je suis arrivé un peu avant l’envol de dizaines de goélands. Sachant le peu de temps que j’avais, j’ai essayé d’avoir tout de suite le bon réglage. Pas le temps de m’amuser à faire une photo brouillon tranquille. Connaissant très bien mon matériel, j’ai une idée assez précise des réglages à effectuer. D’où l’utilité de ne pas changer d’objectif et de boitier tous les 4 matins… Si les mecs qui courent après du nouveau matériel passaient ce temps à maîtriser le-leur, ils feraient à la fois des économies ET de meilleures photos… Concrètement, je fais le plus souvent une photo brouillon. Et pour avoir observé des pros, ils font tous pareil. C’est assez logique en fait, il est rare de tomber pile-poil sur le bon réglage. C’est d’ailleurs ce qu’on fait aussi en mode semi-auto: On prend une photo et on utilise la correction d’expo ou le réglage priorité choisi (vitesse ou ouverture). Avec un peu d’habitude, la photo brouillon est quasi bien exposée.
      – Je n’aime pas le mode P parce qu’il n’aide pas, bien au contraire, à avoir la maîtrise de son matériel. En mode manuel, je sais que, par exemple, j’ai besoin d’une plus grande vitesse d’obturation, je vais passer de 1/200e à 1/800e. Je sais donc ici qu’il va me falloir ouvrir de 2 STOP en passant de f/11 à f/5.6 pour compenser. Si je ne joue pas sur les ISO, bien sûr que le mode P aura le même rendu. Cela dit je ne me rends pas service, car je préfère avoir cette maîtrise de mon boitier et peut-être ouvrir seulement d’1 STOP et augmenter mes ISO d’1 STOP pour compenser ma diminution des 2 STOP de vitesse. En maîtrisant mon mode manuel, je peux interagir très vite sur les 3 paramètres. Si je suis en mode P, que je joue sur ma vitesse, mais que je me rends compte que mon ouverture ne convient plus, je vais devoir modifier mes ISO, revenir corriger l’ouverture. Au final j’aurai fait quoi? La même chose qu’en manuel… Donc autant maîtriser directement le mode manuel. Mais faire du mode P, bricoler un peu les ISO et revenir bricoler son ouverture et corriger le tout avec la molette de correction d’exposition, c’est clairement se compliquer la vie pour au final faire la même chose. Ceci dit je comprends ton point de vue, tu considères que les ISO sont figés, et qu’il te reste à bouger une seule molette, en mode P, pour faire bouger le couple ouverture/vitesse. Ça c’est dans un monde idéal, sauf que si ton exposition n’est pas bonne, et ce sera le plus souvent le cas, tu vas la corriger avec la correction d’exposition. Finalement tu joues sur: Molette ouverture/vitesse, ISO, correction d’exposition. En manuel tu joues sur Ouverture, Vitesse, ISO. 3 paramètres, pareil… Sauf que tu les contrôles toi-même et que ça va vite devenir instinctif, tu sauras quelle vitesse mettre, quelle ouverture, quels ISO, et tu choisiras quel paramètre tu veux privilégier et quel paramètre sacrifier. Une autre grande différence, c’est que le mode P recalcule l’exposition à chaque photo. En mode manuel, quand j’ai trouvé une exposition qui me convient, je peux prendre 50 photos du même objet en changeant d’angle et de focale, elle seront toutes exposées pareil puisque qu’aucun réglage ne change. Evidemment si les conditions de luminosité change, il faudra s’adapter. C’est un peu long, j’espère avoir été clair. Ce que je veux dire en une phrase, c’est que penser que le mode P est plus simple est une illusion, parce que tu vas jouer aussi sur la correction d’expo. Tu manipules autant de molettes/paramètres, mais avec moins de maîtrise.
      – Pour ce qui est du posemètre. Dans les modes semi-automatiques, ton appareil va se fier au posemètre. Tu vas choisir l’ouverture qui te convient pour un portrait par exemple. L’appareil, grâce au posemètre, va calculer un gris moyen (18%). Mais il te donne rarement le rendu que tu veux. La photo est un peu sous-exposée ou un peu surex, du coup tu utilises la correction d’exposition. Si tu es en priorité ouverture, la correction va jouer sur la vitesse et réciproquement. C’est comme si tu était en manuel, sauf que tu maîtrises moins le truc. Donc aucune raison de ne pas se mettre en manuel.
      – Dernier point, ce que tu appelles le posemètre, c’est la petite graduation -3 -2 -1 0 1 2 3. Les indications de cette graduation ont un sens différent en mode semi-auto et en mode manuel. En semi-auto, elle t’indique quelle correction tu appliques par rapport au calcul d’exposition qu’a fait l’appareil automatiquement. En mode manuel, elle t’indique quelle exposition tu as en temps réel par rapport à la scène qui se trouve devant l’objectif. Donc en mode manuel, si tu vises le ciel puis la terre par exemple, ou une zone lumineuse puis une zone sombre, la graduation bouge. En semi-auto, elle reste figée sur la compensation que tu as réglé. Il y a d’ailleurs à mon sens une incohérence ici à vrai dire: On se met en mode semi-automatique pour profiter du fait que le boitier va faire la moitié du boulot. SAUF QUE !!! Sauf qu’avec la molette de correction d’exposition on corrige manuellement un truc qu’on a demandé d’être géré en automatique… C’est pas logique… Autant tout faire en manuel, au moins tu connais ton matériel, et avec le temps tu finis par gagner en qualité pour que ton image exprime précisément ce que tu as voulu exprimer.

        1. Même si tu galères un peu au début, tu retiras les bénéfices du mode manuel le jour où le mode automatique montrera ses limites. Et là tu seras bien content d’être en manuel. En revanche la satisfaction de faire tes premières bonnes photos en manuel vont te procurer un plaisir immédiat. La sensation d’avoir tout maîtrisé, réglé et choisi sur ses photos est une vraie source de satisfaction. Après tu pourras coupler le mode manuel avec une mesure de la luminosité SPOT. C’est le mode que j’utilise par défaut alors que l’immense majorité des photographes est en matricielle (ou évaluative selon la marque de ton boitier). La mesure SPOT couplée au posemètre en manuel est un excellent moyen de s’assurer que son sujet soit bien exposé quand la plage dynamique de l’image est grande. Avec ça tu es presque en “full manuel”. Sur un hybride tu peux même passer en full manuel avec la mise au point manuelle couplée au focus peaking. Pour ma part je trouve les autofocus extrêmement performants aujourd’hui et je conserve cette fonctionnalité activée la plupart du temps. Mais encore une fois, je n’oblige personne à faire quoi que ce soit, chacun est libre de sa pratique. Je me contente d’expliquer que ce qui paraît compliqué ne l’est peut-être pas tant que ça…

  2. Bonjour, depuis quelque temps, je n’utilise que le mode manuel pour mes photos, que se soit animalière, de rue, ou même en concert. D’ailleurs sur ce dernier, avec la luminosité souvent faible il m’arrive de shooter en semi auto selon la luminosité. Je me suis mis en mode Manuel, car j’étais attiré par prendre les animaux en mouvement. J’ai lu des blogs et un disait de shooter en AV et d’augment les ISO pour avoir une vitesse plus rapide mais l’inconvénient était l’augmentation du bruit et donc des clichés qui auraient put être intéressants ratés. Comme tu dis, c’est un plaisir de faire ses propres réglages quelque soit ce que je décide de photographier!

    1. Bonjour David, je suis ravi que tu prennes plaisir à photographier en mode manuel. La satisfaction de tout maîtriser est sans égal. La machine doit être au service de l’homme. Le fait que les modes automatiques facilitent la tâche ne permet pas de bien comprendre notre boîtier et nos objectifs. Amitié photographique.

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