Lire une photo (article passionnant… à écrire).

Et à lire, un minimum j’espère !! Commençons par une distinction fondamentale: Lire une photo peut signifier deux choses qui n’ont au final pas grand chose à voir l’une avec l’autre:

  1. La lecture d’une photo peut poser la question de comment le regard se pose sur une photographie. Est-ce que l’œil commence en haut à gauche comme dans un livre ou un article? Est-ce qu’il se dirige tout de suite sur l’élément le plus proéminent de l’image? La question, et surtout la réponse 😉 , est surtout intéressante quand on compose sa photo.
  2. Comment lire une photo peut s’envisager d’un point de vue analytique, c’est à dire: Comment analyser une photo pour juger de son intérêt?

Évitons de courir 2 lièvres à la fois (oui, je sais, l’expression est complètement désuète… 😉 ), occupons nous aujourd’hui de voir ce qui se passe quand un spectateur tombe sur une photo.

Lire une photo: Où se pose l’œil ? Comment voyage le regard?

J’ai lu ici et là que le sens de lecture d’une photo par un spectateur était le même que pour un texte, à savoir de gauche à droite et de haut en bas dans notre culture occidentale. Et non, ça n’est pas si simple. On parle aussi de lecture en “Z”.

lire une photo en Z

Vous pourrez également trouver des écrits, pas dénués d’intérêt certes, sur la lecture en “F”. Seulement la contestée lecture en “F” ne concerne que les textes. Ce n’est pas le sujet qui vous occupe aujourd’hui…

Quand on s’intéresse à l’eye-tracking (le suivi du regard par des moyens technologiques) au moment de lire une photo, on se rend compte que c’est plus compliqué qu’une lecture type texte ou en “Z”. Plus compliqué et beaucoup plus intéressant surtout. Il faut comprendre comment fonctionne la vision humaine et comment on peut l’influencer. Ça fera de vous un photographe plus pertinent dans l’élaboration de vos images.

Motif de Kanizsa et intention photographique

Le cerveau est ainsi fait qu’il cherche des éléments sur une image, à commencer par de l’humain, mais nous allons y revenir. Le psychologue italien Gaetano Kanizsa a effectué des travaux à ce propos et a proposé ce motif, appelé, en toute modestie, le “motif de Kanizsa”.

lire une photo triangle de kanizsa

Sur cette image, vos voyez un triangle blanc qui se superpose à toutes les autres formes. Et pourtant ce triangle blanc n’existe pas, personne ne l’a jamais dessiné. Mais notre cerveau le voit quand même !! Il fabrique ce triangle blanc à partir des autres éléments, qui ont bien été dessinés eux: Les 3 pointes et les 3 Pac-Man.

On appelle ce phénomène le contour subjectif. Je vous parle de ça parce que quand vous présenterez une photo à un cerveau ( 😉 ), il fera de même, il tentera de constituer des formes connues, à travers les éléments présents.

Dans le motif de Kanizsa ci-dessus, si le but avait été de montrer trois “Pac-man” (on dit Pac-men au pluriel ???), ç’aurait un peu raté parce que le cerveau a interprété autre chose. En photo c’est pareil, il faut garder à l’esprit que ce qu’on veut montrer ne va peut-être pas être “vu” en premier par le couple œil-cerveau. En termes d’intention photographique, ça pose problème quand même… Il faut donc s’assurer que notre sujet soit bien ce sur quoi notre lecteur porte son attention. Ça fait partie de notre boulot de créateur d’image, ce n’est pas négligeable n’est-ce pas ?

Lire une photo: La collaboration œil-cerveau

On sait aujourd’hui que l’œil humain n’a pas une vision globale. Il voit bien sur une petite zone, au centre. La périphérie de la vision humaine est floue et peu contrastée. Contrairement aux chimpanzés qui ont une excellente vision globale. Il voient tout, bien net. C’est une simple question d’évolution: Le chimpanzé a besoin de tout voir très vite et de manière très nette dans son arbre pour éviter de se retrouver 20 mètres plus bas… Pas question de rater une branche ou un prédateur. Ceci explique que les chimpanzés, sur certains tests de QI, sont plus rapides que les humains !! Je fais une parenthèse car l’expérience est intéressante.

P A R E N T H E S E

Présentez à un chimpanzé, avec un peu d’entrainement ça va de soi (il doit apprendre les chiffres, tout comme nous, c’est pas inné), et à un être humain une suite de numéros. Le but est de trouver le plus rapidement possible le dernier chiffre. Pour prendre un exemple archi-simple:

4—5—6—7—8—?

L’humain va devoir passer en revue tous les chiffres pour répondre. Le chimpanzé voit tout net du premier coup, il va répondre plus vite que l’humain !! C’est fou non?

F I N D E P A R E N T H E S E

J’en reviens à notre œil qui n’est donc pas un organe aussi performant qu’on l’imagine. Pour compenser ce “défaut”, il produit des micro-mouvements, extrêmement rapides, qui lui permettent de “se poser” à une multitude d’endroits différents en très peu de temps. Chaque petite zone ciblée par l’œil est envoyée au cerveau, qui lui “refabrique” et nous restitue l’image globale, nette et bien contrastée. Comme je l’ai dit plus haut, la périphérie de la vision humaine est floue et peu contrastée, mais on ne s’en rend pas compte, car le puzzle reconstitué par le cerveau est net partout. C’est cette image “refabriquée”, cette interprétation qui nous fait percevoir le triangle blanc qui n’est pas là.

Une lecture par étapes

Dans un premier temps, votre lecteur (enfin, son binôme œil-cerveau) va faire une lecture plutôt globale de l’image. Ensuite il va chercher à repérer des éléments dont on connait plutôt bien la hiérarchie:

Le cerveau est d’abord attiré par l’humain, ou pour être plus exact, une forme humanoïde. Il procède par identification: “Je suis humain, je suis attiré par l’humain“. Qu’est-ce que cela nous apprend à nous, photographes? Un élément capital: La lecture de votre photo va commencer par l’endroit où vous avez placé l’humain (s’il y en a bien sûr 🙂 ). Il faut donc en tenir compte dans votre composition !

Toujours dans cette optique d’identification, mais à un degré moindre, il va ensuite chercher du “vivant”. Des animaux quoi…

Ensuite des priorités vont s’établir:

  • Les couleurs vives attirent plus que les couleurs ternes
  • Les fortes lumières plus que les zones sombres
  • Les zones nettes plus que les zones floues
  • Les formes bien distinctes plus que les choses difformes
  • L’écriture nous attire également

Il faut donc utiliser tous ces éléments pour guider la lecture de votre photo. Par exemple votre sujet (un humain, un arbre, une chaise, peu importe) bien net dans un ensemble flou va vous permettre d’attirer l’attention sur lui, même s’il n’est pas au premier plan et même si ce n’est pas l’élément le plus massif de l’image.

lire une photo - flou et net

Dans cet exemple, on voit que le personnage le plus proche, presque entier, n’est pas celui vers lequel le regard se fixe. On est attiré vers le personnage net, bien qu’il soit plus éloigné et coupé à moitié.

Le revers de la médaille

La lecture de l’image peut être justement perturbée par un élément qui attire l’œil alors que ce n’est pas votre sujet. L’exemple typique auquel on a tous été confronté (c’est pour ça que je le prends en exemple, pour qu’il vous parle): Vous souhaitez prendre un paysage, un monument, un bâtiment en photo, mais vous attendez que les touristes dégagent de votre scène. Si vous les laissez là, le spectateur va les regarder, forcément. Idéalement, faites en sorte que chaque chose ait sa place dans votre composition. Le joli toutou qui attire le regard sur votre photo qui parle de tout sauf de chien, c’est une faute de composition. Joli le toutou, mais dégage le toutou !!

De l’utilité du post-traitement

Je m’en sers beaucoup et je ne saurais trop vous conseiller de faire de même. Pour ne citer que deux outils, dans des cas les plus classiques qui soient:

  • Le filtre gradué, pour obscurcir le ciel ou un sol au premier plan un peu trop tape-à-l’œil.
  • Le filtre radial, pour augmenter un poil l’exposition, la saturation, le contraste de votre sujet et le mettre en évidence.

La semaine prochaine, je m’attaquerai à la suite de cet article, à savoir: Lire une photo, l’analyser pour la juger.

J’espère que vous avez pris autant de plaisir à lire cet article que moi à l’écrire, j’attends vos commentaires constructifs !!

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