La Macro. De la technique et de la patience.

Soyons précis

De quoi parle-t-on exactement ? La photo de macro (nom abrégé de photomacrographie) est associée dans l’imaginaire collectif à une photo en gros plan. C’est pas complètement faux, mais c’est plus précis que ça.

Toutes les macros sont des gros plans, mais tous les gros plans ne sont pas de la macro.

insecte en macro

Concrètement, il faut que le rapport entre la taille réelle du sujet et sa taille sur le capteur soit au minimum d’ 1:1, et ne dépasse pas 10:1. C’est à dire que la taille sur le capteur doit faire entre 1 et 10 fois la taille réelle du sujet. Aujourd’hui les choses ont un peu changé car la taille des capteurs a beaucoup diminuée. Par convention, on considère donc comme macro une photo dont la taille du sujet sur le papier ou sur l’écran est supérieure à sa taille réelle. Pour info, mais ce n’est pas utile de le retenir, au-delà d’un facteur de grandissement de 10 (10:1), on parle de photomicrographie (un très fort agrandissement quoi). En revanche, il n’est pas inutile de clarifier plus précisément la distinction avec un autre genre photographique largement pratiqué: La proxi.

Macrophotographie vs Proxiphotographie

La proxiphotographie est une vue rapprochée jusqu’au rapport 1:1, là où commence la macro donc…. Il s’agit, pour vulgariser la chose, d’une vue rapprochée, voire d’un gros plan, jusqu’à ce que la taille sur le support final du sujet soit égale à sa taille réelle.

Pour une fleur ou un insecte par exemple, vous pourrez avoir un peu de contexte en arrière-plan. En proxi votre photo présentera donc moins de détail, mais plus de contexte. A vous de voir ce que vous voulez montrer… Pour ma part, je préfère de loin la proxi à la macro. Ce n’est pas un jugement de valeur, à chacun ses préférences.

insecte en proxi
En proxi, ici sur un insecte, on a moins de détail, mais plus de contexte.

Que peut-on photographier en macro ?

On pense en tout premier lieu aux classiques du genre: Les fleurs et les insectes. Au final, tout se prête à la macro: Végétaux, animaux, minéraux, matière vivante ou inerte, pour peu que vous trouviez la bonne lumière et le bon arrière-plan. L’avantage de la macro, c’est qu’on peut la pratiquer chez soi ou à sa porte, dans n’importe quel jardin, trottoir ou chemin. Tout devient un sujet potentiel:

  • Le premier caillou venu, pourvu qu’il vous plaise et vous inspire, peut être mis en valeur par une photo macro.
  • La lumière dans vos rideaux pourra vous donner des idées et valoriser les fibres du textile.
  • Les poils de votre animal de compagnie.
  • Les reflets sur la robinetterie.
  • L’eau sous toutes ses formes est un sujet idéal sans fin: gouttes, rosée, résidus de pluie…
  • Toutes les textures.
  • etc.
fourchette macro
crayons macro
ressorts macro
pilules macro

Gérer la netteté en macro

La profondeur de champ et la mise au point sont les grandes problématiques de la macro. En effet, la proximité du sujet et de l’objectif raccourcit drastiquement la zone de netteté. Qui plus est, au plus vous aurez un grand capteur, au plus courte sera la zone de netteté. La mise au point peut s’avérer très délicate car au moindre mouvement, la zone de netteté ne sera plus la bonne. C’est typiquement le problème qu’on peut rencontrer avec les insectes posés sur une feuille qui bouge, ou quand l’insecte bouge.

abeille macro

Sur cette photo, une mise au point décalée de quelques millimètres suffit à rater complètement sa cible. Ici, c’est dans le mille: On distingue bien les facettes des yeux. L’arrière de la tête, situé à 1 ou 2mm, est déjà flou ! Le moindre mouvement, la moindre brise vous fera louper la photo.

Le problème de mise au point s’accentue avec l’utilisation des bonnettes, bagues allonges, soufflets et bagues d’inversion. Pas si facile que ça la photo macro hein? La victoire n’en sera que plus belle… Plusieurs solutions à envisager donc, à cumuler et combiner entre elles, pour conserver une vitesse assez élevée:

  • Privilégier les situations bien lumineuses et sans vent.
  • Faire une mise au point manuelle car l’autofocus risque de beaucoup patiner ou pire, se tromper (par rapport à votre intention).
  • Photographier en rafale s’il y a un tant soit peu de vent ou de mouvement.
  • Déclencher au retardateur 2 secondes ou à la télécommande.
  • Utiliser le flash macro (voir plus bas).
  • Utiliser un réflecteur.
  • Poser l’appareil sur un trépied, sachant que le monopode laisse une plus grande latitude de mouvement pour avancer ou reculer de quelques millimètres.
  • Monter en ISO au besoin.

Vous avez également la possibilité d’utiliser la technique du Focus stacking. Elle consiste à prendre plusieurs fois la même photo, strictement (trépied indispensable donc), avec des niveaux de mise au point allant de l’avant vers l’arrière ou inversement. Ensuite sur un logiciel, il suffit de créer une seule image en ne reprenant que les parties nettes de chaque photo. Cela permet d’augmenter, artificiellement, votre zone de netteté. Ça semble compliqué mais c’est assez simple au final. Je ne décris pas la procédure ici, ce serait un peu trop long et ce n’est pas le sujet du jour. Mais si ça vous intéresse, dites-le moi et je ferai un tuto.

La lumière

La lumière est un élément capital à gérer en macro. Une lumière dure comme le soleil de midi provoque des ombres très marquées, rarement du meilleur effet. De plus beaucoup de sujets risquent la surexposition. Cela dit on est dans un registre de la photo où il faut beaucoup de lumière comme on l’a vu. Considérez le mode de mesure spot comme une bonne alternative au mode de mesure matricielle ou évaluative ou multizone.

Pensez à l’utilisation d’un diffuseur si la lumière est trop crue. Le diffuseur va la rendre beaucoup plus douce et homogène. Je trouve ce modèle avec poignée de plus en plus pratique !! C’est un pack 5 en 1, le diffuseur est l’élément “translucide” dans la description.

Quel matériel pour faire de la macro ?

Le plus évident: L’objectif macro

Avec un bon objectif macro, vous pouvez faire la mise au point à environ 1cm du sujet. C’est dédié, c’est fait pour ça, c’est donc l’idéal. Le prix est en revanche moins idéal 😉

En plein format (ou Full Frame, ou équivalent 24X36), la focale standard se situe aux alentours de 100mm. Mais dès lors qu’une mise au point très proche est possible, vous pouvez utiliser d’autres focales !! Soit en-dessous, soit au-dessus. En équivalent 24X36 (plein format), posez-vous éventuellement la question d’un 150mm. Tout dépend de ce que vous voulez photographier. Si ce sont des bestioles qui ne se laissent pas approcher de si près, un 150mm (ou équivalent pour les autres formats de capteurs), est clairement une option à envisager sérieusement.

Dans les standards pour Canon, Nikon et Sony, ce Tamron SP F/2.8 Di MACRO 1:1 VC USDon a une excellente réputation:

Le temps d’essayer j’ai pu prendre en main et voir le rendu du Canon EF 100 mm f/2,8 Macro L IS USM Stabilisateur d’image 4 vitesse. Rien à dire, l’objectif est juste parfait pour ce qu’il a à faire…

Nikon n’est pas en reste avec son AF-S VR 105 mm f/2.8G IF-ED MC

Les capteurs micro 4/3 n’ont pas été mis de côté avec cet excellent objectif Olympus M.Zuiko Digital ED 60mm F2.8 au piqué remarquable.

Petite mise en garde. Certains noms ou intitulés d’objectifs peuvent vous induire en erreur. Par exemple le 16-300 MACRO de Tamron n’a rien à voir avec un objectif macro, en-dehors du fait qu’il passe par la focale “100”. Il y a aussi, entre autres, un canon 70-300 qui porte la mention de MACRO. C’est un argument commercial “attrape-couillons” 🙂

Les bonnettes

A moins d’être à l’aise financièrement, les objectifs macro sont réservés aux passionnés. Si vous faites de la macro toutes les morts d’évêque, pour un budget beaucoup, beaucoup plus contenu, vous pouvez opter pour les bonnettes. Certains les préfèrent aux bagues allonge, qu’on va voir par la suite. Faciles d’utilisation, elles se fixent devant l’objectif. Il s’agit d’une lentille qui permet une mise au point de près. Elle agit comme une loupe. Certaines sont faites de telle sorte qu’on peut les empiler, ce que je ne conseille pas. En effet l’utilisation de bonnette n’est pas complètement neutre pour l’image. Elle peuvent créer de l’aberration chromatique notamment. Même si ça se rattrape facilement au post-traitement, le fait de les empiler va accentuer le phénomène.

Leur avantage, outre le fait d’être beaucoup moins chères qu’un objectif macro, réside dans leur faible encombrement. Ça tient dans n’importe quelle petite poche de sac photo. Vraiment pratique pour le photographe macro occasionnel et/ou peu fortuné. On dit beaucoup de bien de la marque Reynox, mais il y en a d’autres. Je n’ai pas tout essayé, fiez-vous aux avis. Évitez tout de même les premiers prix… Ne vous trompez pas dans le diamètre de votre bonnette. Certaines ont un adaptateur universel permettant de se fixer sur à peu près n’importe quel objectif. Pratique.

Soufflet macro

J’y vois deux avantages, et pour le reste, que des inconvénients… Le premier avantage est de n’avoir pas de perte de qualité puisqu’on ne rajoute pas d’élément optique. Le second est de pouvoir, grâce au soufflet, avoir la possibilité d’ajuster le grandissement. Bon… ok… Passons aux inconvénients:

  • L’encombrement et le poids, entre 500g et 1kg.
  • L’obligation d’utiliser un trépied (entre 1,5 et 2kg de plus).
  • Pour certains l’obligation de passer en manuel sera un problème. L’objectif n’est plus relié à l’appareil, donc pas d’autofocus, etc.
  • Une grande perte de luminosité qu’il faudra compenser par des flashs (vas-y, rajoute du poids et de la complexité).
  • Le temps d’installation de tout ce bazar.

Les bagues allonge

La bague allonge (on dit aussi tube allonge) se positionne elle aussi entre l’objectif et le boitier. Souvent vendues par 3 avec des longueurs différentes qu’on peut utiliser individuellement ou associées par 2 ou par 3. Très très pratique. En l’absence d’élément optique, pas de perte de qualité, en revanche perte de luminosité proportionnelle à l’allongement. En fonction de la luminosité ambiante, il faudra peut-être penser à un éclairage artificiel supplémentaire, comme le flash macro. Voici une petite sélection de bagues vraiment pas chères. Si vous décidez de vous mettre à la macro et que le prix n’est pas un problème, vous trouverez des modèles plus élaborés pour une centaine d’euros, c’est toujours moins cher qu’un objectif macro…

Canon:

Nikon:

Micro 4/3 Olympus et Panasonic:

La bague d’inversion

C’est l’une des solutions les moins chères. La bague d’inversion consiste tout bêtement à permettre de retourner votre objectif. Le côté habituellement fixé sur votre boitier se trouve à l’extérieur, et vice-versa. Les connecteurs se retrouvent donc à l’air libre, plus de contrôle de l’objectif (ouverture, autofocus). Il faudra procéder à un bon nettoyage avant de remettre l’objectif dans le bon sens pour ne pas souiller le capteur avec des poussières possiblement accumulées sur les parties exposées. Difficile de prédire à quoi va ressembler votre cadrage une fois l’objectif calé dessus. Il parait, mais je n’ai pas vérifié, qu’un 50mm permettrait un rapport proche du 1:1 sur un boitier plein format.

Si vous pensez que c’est de la bidouille, je vous renvoie sur le travail de Thomas Shahan qui va mettre tout le monde d’accord 😉 . Il utilise notamment cette bague d’inversion avec un 35 et un 50mm. Bien sûr les images sont travaillées en post-traitement, mais son matériel de prise de vue est du même niveau que le vôtre, voire moins bon…

Le boitier

Une fois n’est pas coutume, avantage aux boitiers APS-C et micro 4/3. Vous savez peut-être que plus un capteur est grand, plus la profondeur de champ peut être réduite. Vous savez peut-être aussi que plus votre sujet est proche, plus la profondeur de champ est encore réduite. Cela veut dire que si vous désirez faire de la macro avec une grande zone de netteté, un boitier plein format (full frame) ne va pas vous faciliter la tâche. Je parlerai plus loin de la netteté, mais sachez donc déjà que plus le capteur est grand, plus la zone de netteté va diminuer. Ce sera donc plus simple à gérer avec un APS-C ou un micro 4/3.

bille macro

Flash macro

Utilisé sur les scènes de crimes pour photographier de très près des éléments de l’enquête comme des douilles de balles. N’étant pas du tout un pratiquant assidu de la macro, je n’ai pas investi dans ce type de flash, même si on en trouve à prix dérisoire. Pour l’instant je fais de la bidouille à base de flash cobra avec un réflecteur à poignée. L’appareil étant sur trépied, c’est tout à fait gérable. Evidemment je n’ai pas le confort rendu par ce flash spécialisé qui doit être tellement utile quand on fait beaucoup de macro. On doit d’ailleurs pouvoir l’utiliser pour autre chose que la macro j’imagine. Si quelqu’un en possède un, je veux bien un retour en commentaire !! En voici un pas cher du tout dont l’immense majorité des utilisateurs sont très satisfaits, pas impossible que j’en fasse l’acquisition rapidement…

Le trépied

J’en parle dans la plupart de mes articles du trépied… La bonne raison à cela, c’est qu’il rend de tels services pour un prix plus qu’accessible !! Quand on me pose des questions sur divers problèmes en photo, la moitié du temps la réponse contient le mot trépied. En photo d’intérieur, en portrait, en studio, en pose longue, en photo de nuit, en photo de rue, en paysage, ici en macro et j’en passe, c’est un incontournable. Je le répète, son premier atout est de vous permettre de gagner du temps d’exposition, de baisser les ISO et gagner en netteté.

En macro, vous aurez tout intérêt à en choisir qui vous permette d’inverser la colonne pour mettre l’appareil près du sol, nul doute que cela pourra vous être utile. Et tant qu’à faire, autant profiter d’une colonne qui bascule à 90 degrés. Voici mon trépied préféré, qui intègre une fonction monopode, assez prisée chez les amateurs de macro.

Si la bascule de la colonne à 90° ne vous est pas indispensable, voici la même version, qui permet quand même d’inverser la colonne pour des prises de vue très basses et de l’utiliser en monopode.

Le bean-bag

J’ai découvert le bean-bag récemment. Quand je voyage en avion, je n’ai pas toujours la place d’emporter un trépied. Le bean-bag permet de poser et stabiliser l’appareil sans l’abîmer. Ça ne vaut pas un trépied bien sûr, mais pour à peine 20€, ça dépanne bien. Un peu trop rempli en billes à mon goût, mais on peut en retirer ou en rajouter comme on veut. Les billes peuvent être remplacées par du riz ou des haricots (d’où le nom: bean-bag). Une belle petite trouvaille.

Pour terminer

Après quelques recherches, je n’ai pas trouvé un seul artiste qui ait percé et traversé le temps dans le domaine de la macro. Les grands noms de la photo n’ont jamais été des photographes spécialisés en macro. Cette discipline trouve sa gloire chez les milliers de photographes amateurs que nous sommes. Je comprends l’intérêt que certains peuvent y trouver. On peut tout à fait s’émerveiller des couleurs et de la structure corporelle des insectes par exemple. C’est un genre photographique qui est sans conteste technique, qui demande des qualités de patience et de précision, mais qui en termes de créativité artistique me laisse sur ma faim. C’est très certainement la raison pour laquelle vous ne connaissez aucun grand nom de la photo de macro, alors que vous connaissez Henri Cartier-Bresson ou Depardon ou encore Man Ray.

Les amoureux de la technique et de la nature trouveront donc sans doute leur bonheur dans ce genre photographique.

Je préfère la proxi à la macro justement à cause du contexte sur lequel on peut jouer pour apporter une touche artistique. Tous les goûts sont dans la nature…

Et vous, que pensez-vous de la macro ?

Partagez l'article !
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • 1
    Partage

Laisser un commentaire