HDR. Une méthode simple et efficace.

HDR ? De quoi on parle ?

Pour les fans d’acronyme, HDR signifie High Dynamic Range. Les plus anglophones et techniciens d’entre vous doivent déjà percevoir quelque chose poindre à l’horizon. Pour les autres, c’est à dire l’immense majorité de mes lecteurs, le HDR permet de compenser artificiellement le fait que même le meilleur des appareils photos est très loin d’avoir la même acuité visuelle que nous les humains.

La différence homme-machine

Quand vous regardez par exemple un paysage par un temps très ensoleillé, vous percevez une quantité énorme de nuances de luminosités. Le soleil vous aveugle, mais dès lors que vous décalez un peu le regard, vous pouvez distinguer des zones très fortement lumineuses. Dans le même temps, vous pouvez regarder des zones très sombres et y distinguer beaucoup de détails.

On parle ici de plage dynamique. L’œil humain a une très large plage dynamique (“High Dynamic Range” aurait dit Shakespeare. Vous y êtes?)

Ça l’appareil photo n’est pas capable de le faire. Sa plage dynamique (dynamic range) est beaucoup plus faible que la nôtre. C’est là que vos ennuis de photographe commencent

Le principe du HDR

Si vous prenez en photo cette scène très lumineuse par endroits et sombre à d’autres, vous aurez deux cas de figure: Soit la photo sera en partie surexposée et les parties sombres correctement exposées, soit l’inverse: Les parties lumineuses seront bien rendues, et les parties plus sombre sans détail voire complètement noires. Dans les deux cas, c’est photo ratée… Pas cool…

On peut optimiser pas mal de choses pour venir à bout de cette problématique des grands contrastes de lumière. C’est l’objet d’un article complet que vous trouverez sur ce lien. On va s’intéresser ici au HDR. Le principe, c’est de quand même exploiter des photos (volontairement) ratées et de les mixer pour une en faire une correcte. En d’autres termes, on va prendre le meilleur de chaque mauvaise photo (j’adore…).

Le HDR en pratique

Il va vous falloir rater plusieurs photos… Ça, vous savez faire (je plaisante 😉 ). Le truc va résider dans le fait de ne pas les rater n’importe comment. Allez, je me fais encore un peu plaisir avec ce bon mot: Il va falloir réussir à les rater. Je ne sais pas si ça vous fait marrer, moi oui 🙂

Le matériel

  • Heeuuuu, un appareil photo…
  • Un trépied. Oui, parce qu’il va falloir que la composition d’une photo à l’autre soit strictement identique.
  • Éventuellement une télécommande, ou à défaut vous utiliserez le retardateur. L’avantage de la télécommande, c’est d’avoir une action de moins sur l’appareil qui ne doit surtout pas bouger d’1 mm.
  • Un logiciel de traitement de photo (j’en propose un gratuitement plus bas, mais je ne sais pas jusqu’à quand il sera disponible, dépêchez-vous de demander votre licence gratuite !!)

Un point important: La mise au point

Une fois votre composition déterminée, vous allez de voir verrouiller la mise au point. Pour cela 2 possibilités:

  • Désactiver l’autofocus en passant en mise au point manuelle
  • Utiliser la technique que je vous recommande chaudement: Le back button focus. Je l’utilise en permanence. Je la décris ici.

Le procédé: Le bracketing

L’appareil est donc sur son trépied. Désactivez la stabilisation qui, parfois, génère des micro-mouvements. Vous n’en avez de toutes façons pas besoin puisqu’elle sert à compenser les mouvements de la main… Notez bien qu’aucun élément ne doit être mobile au moment des prises de vue. Si une voiture, une personne, un bateau passe ou s’il y a un vent fou dans les arbres, ne vous attendez pas à obtenir le résultat escompté.

J’ai mis un gros mot dans le sous-titre: Bracketing. Pas d’inquiétude, c’est tout simple, je vous explique ça.

Régler son appareil photo

Vous savez que l’ouverture influe sur la profondeur de champ. Imaginez que vos trois photos n’aient pas la même zone de netteté, vous vous doutez bien que le rendu des 3 photos mixées ne sera pas optimal. Si vous êtes en mode priorité vitesse (S ou Tv), l’appareil fera varier l’ouverture pour sous/surexposer les deux autres photos, d’où des profondeurs de champ différentes. Conséquence fâcheuse: Quand vous passerez vos photos à la moulinette de votre logiciel pour créer votre photo HDR finale, celui-ci devra mixer des zones qui seront nettes sur une photo et floues sur une ou plusieurs autre(s). Il va en résulter une photo finale avec des zones qui manqueront de netteté. Il ne faut donc jamais faire du HDR en mode S ou Tv (priorité vitesse). Ne restent que deux possibilités, le mode priorité ouverture (A ou Av) ou le mode manuel (M)

  • Une fois priorité ouverture ou en manuel, fixez l’ouverture (la zone de netteté donc) qui vous convient.
  • Gardez les ISO au plus bas, ISO 100 si possible, car la moulinette HDR du logiciel peut générer un peu de bruit numérique, alors autant partir sur des images aussi nettes que possible.
  • Comme je l’ai dit plus haut, désactivez l’autofocus une fois la mise au point réglée. Passez-la en manuelle: Ne laissez pas la possibilité à l’autofocus de changer son collimateur, résultat minable garanti à la sortie…
  • Prenez votre photo de référence, puis faites varier l’exposition de 1 ou 2 STOP ( ou IL, DIAPH, EV, comme vous voulez), ou toute autre valeur qui vous convient (en moins et puis en plus) en jouant sur la vitesse d’obturation et elle seule. Si vous avez choisi le mode priorité ouverture, utilisez le correcteur d’exposition (la petite molette -3 -2 -1 0 1 2 3).

La luminosité

Rappel 1: IL=STOP=EV=DIAPH. Vous pouvez utiliser indifféremment ces termes.

Rappel 2: +1 IL=2 fois plus de lumière sur le capteur de l’appareil photo (exemple: passer de 1/400e de seconde à 1/200e ou de f/8 à f/5.6 ou de ISO 100 à ISO 200)

Si la scène est très contrastée (par exemple un ciel très lumineux et des zones d’ombre très noires), sous-exposez et surexposez de 2 IL pour faire vos 3 photos, sinon 1 IL peut suffire. Vous allez vous retrouver avec 3 photos, de trop sombre à trop claire.

La fonction bracketing intégrée

Le bracketing est une fonctionnalité intégrée dans la plupart des appareils photos (si la photo vous intéresse, vous possédez certainement autre chose qu’un appareil jetable…). Cherchez dans les menus ou dans la notice comment activer cet outil simple et efficace. L’appareil vous permet de choisir le nombre de STOP entre chaque photo. 1/3 d’IL, 1 IL, 2 IL… Il faut apprendre à connaître son matériel pour faire ce réglage du premier coup en fonction de la scène que vous choisissez de photographier.

Le traitement logiciel

Assurez-vous de régler la balance des blancs à l’identique sur vos trois photos avant de lancer leur fusion. Votre photo sous-exposée doit contenir très peu d’informations dans les hautes lumières et inversement, votre photo surexposée doit contenir peu pixels sombres. Pour cela, il suffit de regarder vos histogrammes: L’un doit être bien à droite, l’autre bien à gauche, le troisième entre les deux avec probablement un côté de l’histogramme qui colle complètement au bord.

Plusieurs logiciels permettent de faire du HDR, pour ma part j’utilise Lightroom, que je recommande pour toute la gestion de vos photos, du classement au traitement/développement, l’exportation, etc. Photoshop depuis la version CS4 propose également un module HDR. Citons encore Gimp avec son plug-in Exposure Blend (gratuit et simple) et Photomatix (30€ pour la version de base, suffisante) très performant.

IMPORTANT: Photomatix est GRATUIT en cette période de pandémie de COVID ! Il suffit d’aller sur la page de l’éditeur du logiciel, cliquez en bas à droite sur “offre spéciale confinement”. De là s’ouvre une page où vous remplissez nom, prénom et adresse mail. Vous recevrez instantanément votre licence gratuite !! Téléchargez et installez Photomatix essentials, entrez votre numéro de licence, et voilà !!

Quel que soit le logiciel que vous choisissez, les manipulations sont faciles à réaliser. Après avoir choisi les photos à mixer en HDR, vous pouvez utiliser des “presets” (réglages prédéfinis), ou manipuler directement quelques curseurs par vous-même pour peaufiner le rendu que vous souhaitez. Tirez un curseur pour voir quels effets il a sur votre image. Avec un tout petit peu de pratique, vous serez capable de sortir une image bien exposée partout en moins d’une minute.

Deux types de traitement

On trouvera deux rendus possibles: Naturel(réaliste) ou Impressionniste.

HDR réaliste
Rendu naturel
HDR impressionniste
hdr impressionniste
Exemple de rendu impressionniste

D’autres méthodes de HDR

D’autres méthodes oui, mais plus complexes aussi et beaucoup, beaucoup, beaucoup moins utilisées en photo. Très sincèrement, je préfère de loin la méthode que je viens de vous présenter: Rapide et efficace. Maîtrisez d’abord celle-ci qui vous permettra de venir à bout de pratiquement toutes les situations, vous aurez tout le loisir d’expérimenter d’autres méthodes plus tard…

Lecture inspirante

Photographie HDR, dépassez les limites de la photo. Un livre qui va vous motiver à dégainer votre bracketing.



Pour conclure

Beaucoup de photographes hésitent à faire du HDR, et ce, pour 2 raisons à ma connaissance.

D’une part ceux qui pensent que c’est trop compliqué. A ceux-là je dis juste: Essayez !! Vous verrez que vous avez tout à fait les moyens et la capacité de le faire, et surtout vous serez à l’avenir capable de gérer instinctivement la question des forts contrastes. Adieu la frustration d’avoir des ciels complètement blancs ou des visages trop sombres.

D’autre part ceux qui pensent que le “HDR c’est pas de la photo”. A ceux-là je réponds que photographier, ça veut dire “écrire avec la lumière”. Photographier, ça consiste à transmettre votre vision, votre émotion, ce n’est pas simplement cadrer, régler l’exposition et appuyer sur le bouton. Le HDR est un outil de créativité comme un autre, qui permet de montrer votre vision de la scène.

Et vous, vous utilisez le HDR ?

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