Gérer le contraste (forte luminosité et zones sombres)

On appelle ça la plage dynamique d’une photo. C’est quoi ce machin ? La dynamique d’une image, c’est le contraste de luminosité entre sa zone la plus claire et sa zone la plus foncée.

contraste dynamique

Homme vs machine

Petit rappel sur les STOP

Vous pouvez dire indifféremment STOP, IL, EV, DIAPH ou DIAPHRAGME. A chaque fois que vous ajoutez 1 STOP, vous doublez la quantité de lumière perçue. Mon article dédié à cette notion de STOP vous permettra de tout comprendre.

L’œil humain gère une très grande plage dynamique, d’environ 24 STOP. Ça tend à diminuer un petit peu avec l’âge, mais sauf pathologie exceptionnelle, notre vue reste époustouflante par rapport à de nombreuses espèces vivantes.

Votre œil peut donc voir en même temps le ciel éclatant d’un bord de mer et les détails dans les ombres d’un rocher. Le meilleur appareil du monde en est incapable. Grosso modo les appareils actuels ont une plage dynamique de plus ou moins 12 STOP. Certains beaucoup moins, d’autres un petit plus.

Le problème des forts contrastes

Comme vous l’avez déjà remarqué dans vos photos où le contraste est fort, photos de paysage le plus souvent, mais pas seulement:

  • Soit votre ciel est bien exposé mais le reste est tout sombre.
  • Soit à l’inverse, vous avez du détail à peu près partout, mais le ciel est tout blanc, cramé, les nuages se sont estompés ou ont même disparus de la photo. On rencontre aussi beaucoup cet écueil en photo d’architecture, dans les vitres d’immeubles par exemple. En portrait le problème se pose aussi très souvent: Visage trop sombre ou arrière-plan cramé.

Dans les deux cas, votre photo ne vous conviendra pas. Vous ne pourrez pas montrer ce que vous avez vu et voulu montrer… C’est une situation classique, et si vous savez la gérer, vous n’êtes plus un simple novice en photographie. Pour deux raisons:

  1. Vous avez pris le temps de la gérer. C’est déjà une étape qui montre que vous avez pris le soin d’élaborer une photo agréable, que vous avez pris la peine de prendre le contrôle de la situation et de votre appareil. Votre appareil, qui, je le rappelle, est incapable de gérer tout cela tout seul automatiquement !! Et ça, un œil de photographe un peu affûté ne s’y trompera pas, il verra que vous avez fait l’effort, que vous n’êtes plus un débutant.
  2. Vous avez la connaissance des outils (au moins d’une partie) qui permettent de gérer la problématique du fort contraste. Aucun débutant ne l’a, d’où les photos à l’exposition catastrophique sur Facebook et ailleurs. Ce n’est pas une critique, c’est un simple constat, on a tous commencé un jour, et quand on regarde nos premières photos, on se dit que c’est naze…

Un schéma pour bien comprendre la problématique:

Prenons l’exemple typique de la photo en bord mer, à midi, le soleil est haut et tape fort. Une zone rocheuse avec une grotte fait partie du paysage.

fort contraste

La bande dégradée en noir et blanc représente tous les tons de ce paysage: A droite, en blanc, le soleil ou le ciel très clair. A gauche en noir, la caverne très sombre creusée dans les rochers. Entre les deux, toutes les nuances de couleurs de l’image: Le sable, les ballons, les maillots de bain, les gens, etc…

Votre œil, en rouge, distingue à peu près tout: Les nuages, le fond de la caverne, etc. Aucune zone n’est complètement noire ou complètement blanche. Vous voyez des détails partout. Le cadre est magnifique, vous voulez prendre cette scène en photo. Votre appareil lui, quel que soit le prix que vous avez mis dedans, ne “voit” pas tout ça. Sur le schéma ci-dessus, tout ce qui sort du cadre bleu à gauche sera noir sur la photo, et tout ce qui sort à droite sera blanc. Les nuages, le bleu du ciel, le soleil, tout sera blanc. Prise telle quelle, la photo sera ratée. Elle ne fera pas ressortir la richesse du paysage, les nuances de luminosité et de couleurs.

Mesure de la luminosité

Si vous exposez votre photo pour les zones les plus claires, votre appareil captera plus de nuances dans les tons clairs, il va distinguer les nuages du ciel et distinguer le ciel du soleil. En revanche dans les tons sombres, tout sera noir. La photo sera prise comme suit:

dynamique
A gauche du cadre bleu, tout sera noir et sans détail.

C’est ce qui se passe dans cette photo, on ne voit rien dans la grotte, mais on discerne les nuages et le ciel.

contraste grotte sombre

Regardez aussi l’exemple de la première photo de l’article, je la remets juste en-dessous. Même s’il s’agit clairement là d’un effet artistique, c’est le résultat auquel on peut s’attendre quand on ne sait pas gérer la dynamique de l’image. Si l’intention avait été de rendre compte de la vie et l’ambiance de la ville, la photo aurait été ratée. En exposant pour les zones sombres, on aurait obtenu le résultat inverse: La ville bien rendue et le ciel tout cramé, tout blanc, sans nuage.

contraste photo

A l’inverse, si vous exposez pour dans les tons sombres, le capteur va se comporter comme ci-dessous:

dynamique d'une photo
Beaucoup de détail dans les tons sombres, en revanche aucune nuance dans les tons clairs.

Le résultat n’est pas meilleur: Une grande partie de l’image sera toute blanche, sans détail. En revanche vous aurez beaucoup de précision entre les tons moyens et les tons foncés.

Il apparait donc clairement que cette situation de fort contraste, de grande plage dynamique, n’est pas gérable par votre appareil photo, quel que soit son prix encore une fois. La solution n’est pas dans l’achat d’un nouveau boitier ou d’un nouvel objectif plus performants. Alors comment on la gère cette foutue situation? Plusieurs pistes à suivre:

Recomposer votre image

Et oui, la première possibilité est de recomposer pour que la dynamique de la nouvelle composition “soit contenue” dans celle de l’appareil. Dans notre exemple, il faut sortir le soleil du cadre de l’image et réduire la quantité de ciel en choisissant une focale plus longue (en zoomant, en vous rapprochant ou en changeant d’objectif). Ainsi, vous n’aurez plus de tons extrêmement clairs dans l’image, et votre appareil va “distinguer” toute la scène. Vous aurez des détails dans les zones claires et dans les zones sombres, comme ceci:

contraste

Pour prendre un exemple concret, on distingue des détails dans la caverne et sur la roche très lumineuse en haut à gauche.

image contrastée
Pas de zone bouchée ni de zone cramée.

Pour distinguer des détails dans la grotte, il a fallu zoomer pour supprimer le ciel très clair du cadre. Ainsi toutes les nuances de luminosité peuvent être “vues” par l’appareil.

Utiliser un filtre dégradé gris neutre (filtre GND)

J’en ai parlé dans l’article sur les filtres. Il va vous permettre d’assombrir une partie de l’image, le ciel le plus souvent, et ainsi réduire la différence de luminosité entre les parties les plus claires et les plus sombres. La diminution du contraste permettra à l’appareil d’exposer correctement toute la scène.

L’utilisation est on ne peut plus simple: Fixer le support sur l’objectif. Insérer un des filtres. Régler la hauteur sur la jonction ciel-terre ou ciel-mer. Pour le reste, c’est une photo habituelle…

On trouve des filtres dégradés à tous les prix. Pour commencer prenez au minimum un GND8. Deux marques fabriquent de l’excellent matériel: NISI et Lee. Si votre budget est plus limité mais que vous souhaitez vous initier au filtre dégradé, allez voir chez Cokin.

Utiliser la technique du HDR

C’est celle que j’ai décrite dans cet article. En quelques mots, elle consiste à prendre plusieurs photos (le plus souvent 3 suffisent, il m’est arrivé d’aller jusqu’à 5) identiques en terme de cadrage et de profondeur de champ. Il faut donc vous mettre soit en mode priorité ouverture (A ou Av), soit en mode manuel (M). La première photo sera bien exposée dans les tons clairs, la deuxième dans les tons moyens et la troisième dans les tons sombres. Regroupées via votre logiciel de montage photo, vous obtenez une image bien exposée partout en éliminant la contrainte de la dynamique réduite des appareils photos. Votre photo aura un joli contraste, sans surexposition ni sous-exposition.

Essayez, c’est assez facile !! De nombreux appareils photo intègrent la fonction de bracketing, qui permet cette exposition multiple au cours d’un seul déclenchement. Si vous ne l’avez pas, pas de panique, voilà comment faire:

Appareil photo posé sur votre trépied:

  1. Réglez-le pour que les zones claires soient correctement exposées (éventuellement, mais ce n’est pas obligatoire, faites une mesure de luminosité en mode spot, voir l’article), déclenchez.
  2. Même opération dans les tons moyens
  3. Prenez une dernière photo exposée pour les zones sombres. Vous avez vos trois (ou plus) photos, plus qu’à les mixer dans photoshop ou un autre logiciel de création de HDR. Certains sont gratuits… L’article complet sur le HDR est là. Quelques conseils rapides issus de cet article:
  • L’appareil ne doit absolument pas bouger entre 2 photos (trépied au minimum, télécommande fortement recommandée). De petites différences dans l’image se traduiraient par un manque de netteté sur la photo finale.
  • Verrouillez la mise au point (passez-la en manuelle, quand elle vous conviendra, en désactivant l’autofocus).
  • Gardez les ISO aussi bas que possible (la fusion des photos accentuerait le bruit de chaque photo).

ISO et plage dynamique

Gardez à l’esprit que plus vous montez en ISO, plus vous réduisez la plage dynamique via le bruit généré. Veillez donc à rester aussi bas que possible. De toutes façons, puisqu’il y a a priori de fortes lumières dans votre scène, vous ne devriez pas sentir le besoin de monter. Privilégiez le trépied associé à une durée d’exposition plus longue.

RAW et post-traitement

Un JPG est une image codée sur 8 bits. Un RAW est un fichier numérique (ce n’est pas encore une photo !), codé sur 14 voire 16 bits. Il en découle que le RAW est capable d’assimiler une plage dynamique plus large que le JPG. Il vous permet déjà de solutionner une partie des problèmes de forte dynamique.

Le RAW vous permettra ensuite (deuxième avantage et non des moindres), de récupérer des détails au post-traitement, dans les hautes lumières et dans les ombres, dans votre logiciel, très facilement et surtout sans dégrader la qualité de votre photo !

Tirer parti du fort contraste

Ben oui, qu’on est bête… Faites du contraste votre allié créatif !! Bon en fait, ce n’est pas toujours possible, mais je pense notamment à la photo de portrait. Si l’arrière-plan est extrêmement lumineux, utilisez soit le mode de mesure de la lumière spot, soit pondérée centrale (on dit aussi sélective) pour que l’appareil mesure l’exposition uniquement sur le visage. Lisez l’article sur les modes de mesure de la luminosité.

Associé à un bokeh (flou d’arrière-plan) assez prononcé, cela aura pour effet de créer un halo lumineux qui mettra bien en valeur votre sujet et donnera une impression de douceur, de chaleur. Pensez-y, c’est l’apanage des grands de faire d’une contrainte une force

L’exploitation des forts contrastes n’est évidemment pas limitée au portrait, expérimentez là dans tous les domaines. Ce qui importe, c’est de ne pas subir la grande dynamique d’une scène, mais de faire un choix: Soit tirer partie d’une forte luminosité, d’un contraste très élevé, soit de connaitre les moyens techniques que nous venons de voir pour rendre en photo ce que votre œil a vu ou ce que votre cerveau veut montrer…

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