Exposition à droite. Une règle fiable et immuable ?

Vous l’avez déjà lu mille fois: “Il faut exposer à droite”. Je sais que du coup, nombre de photographes amateurs usent de cette pratique. Mais vous êtes-vous déjà posé ces questions: Est-ce vraiment nécessaire et indispensable? Si oui pourquoi? Qu’est-ce qu’on y gagne? L’exposition à droite doit est-elle systématique? Faisons le tour de la question maintenant.

J’en profiterai pour vous parler d’un phénomène, lié à l’exposition à droite, que vous ne connaissez probablement pas: Le paradoxe de la montée en ISO. Et oui, monter en ISO peut réduire le bruit numérique et améliorer la qualité d’une photo.

Origine de l’expression “exposition à droite”

C’est tout simple, le nom cette technique doit son origine à l’histogramme à laquelle elle se réfère. Ci-dessous vous voyez que la “montagne” est prédominante sur la droite du graphique. Pour maitriser les bases de l’histogramme, cliquez ici.

exposition à droite

Si vous ne voyez pas l’histogramme sur votre appareil photo, appuyez une plusieurs fois sur le bouton INFO ou DISP. Ce sont les deux noms les plus utilisés, si vous ne l’avez pas, cherchez dans la notice quel bouton permet de basculer entre les informations affichées à l’écran.

Quelques rappels

Du fichier natif…

Sauf besoin d’envoyer immédiatement vos photos en connectant votre appareil photo en wifi à une box internet ou à votre téléphone, vous devriez, vous le savez maintenant, shooter en RAW. L’envoi immédiat est un des rares cas qui justifie le fait de photographier en JPG.

Nous partons donc du principe que votre appareil est réglé pour produire des RAW. Le RAW n’est pas une image, c’est un fichier numérique. Sur l’écran derrière votre boitier, ce que vous voyez, c’est l’interprétation de ce fichier numérique par un micrologiciel intégré à votre appareil, ce n’est pas une photo. L’histogramme affiché avec la touche INFO ou DISP est celui interprété, j’insiste sur le mot, par ce logiciel. Il peut ne pas correspondre parfaitement à l’histogramme réel, que vous verrez dans votre logiciel de traitement photo.

…à la photo

Vous avez une photo lorsque vous êtes passé par le module développement de Lightroom, de Capture One, Rawtherapee, Darktable ou encore Photivo pour ne citer qu’eux. C’est exactement comme quand on photographie avec un appareil argentique: Vous déclenchez, vous imprimez quelque chose sur la pellicule, mais vous n’avez pas encore de photo. La photo, vous l’aurez seulement au développement, quand vous aurez le tirage papier dans les mains. C’est exactement le même principe avec la photo numérique.

Ok mais qu’est-ce que je fais avec ça ?

Vous allez comprendre pourquoi c’est important un peu plus loin, après quelques données chiffrées. Peu importe que vous ne compreniez pas bien tous ces nombres, ce qui compte c’est que ayez le principe en tête et visualisiez l’écart entre ces nombres:

Quelques chiffres (qui ne sont pas à retenir)

Un fichier JPG est codé sur 8 bits. Cela lui permet de distinguer 256 nuances par couche de couleur RVB (Rouge, Vert, Bleu).

Un fichier RAW codé sur 12 bits permettra quant à lui de distinguer 4096 niveaux de nuance par couche. Un RAW codé sur 14 bits passe à 16384 niveaux et on peut même aller jusqu’à 16 bits pour 65536 niveaux par canal RVB. Dans la pratique, et même à niveau professionnel, un appareil qui code sur 12 bits sera déjà largement suffisant.

Avec 256 couleurs par couche (JPG), on peut afficher jusqu’à 16,7 millions de couleurs. On pourrait alors se dire que 16,7 millions de couleurs, c’est plus que l’être humain ne peut en distinguer, ça devrait suffire ! Oui, mais non. 16,7 millions ça parait énorme, mais pas tant que ça. En effet, pour magnifier votre photo dans la phase de développement, le logiciel a besoin d’une grande flexibilité qu’est loin de lui offrir une image 8 bits.

En passant par un RAW codé sur 12 bits, le logiciel pourra manipuler 4096 X 4096 X 4096 = 68,7 milliards de couleurs !!! Quand vous allez jouer avec l’exposition, le contraste, les couleurs, la saturation, le bruit, la netteté, etc., votre logiciel va disposer de plus de 4000 fois plus de nuances de couleur en passant du JPG au RAW.

Voici le calcul, j’arrondis les chiffres (on n’est plus à ça près 😉 ) :

68 milliards (RAW 12 bits) divisés par 16 millions (JPG 8 bits)= 4000.

L’exposition à droite, on y vient…

A ce stade, vous devez avoir compris 2 choses:

  1. Aujourd’hui encore comme depuis 1939, date de l’invention de la photo, on distingue 2 phases: La prise de vue et le développement. Nos smartphones font croire à monsieur tout le monde qu’il est un bon photographe en faisant des photos toujours nettes, avec des couleurs bien saturées et en “arrangeant” la plage dynamique par des artifices de type HDR.
  2. On cherche à obtenir un maximum d’informations en vue de l’optimisation au développement sur ordinateur, tablette ou téléphone.

La technique de l’exposition à droite consiste à compenser un “défaut” des capteurs de nos appareils photos. Ceux-ci ont pour particularité de dédier la moitié de leur capacité d’analyse de la lumière aux hautes lumières (les tons clairs pour faire simple), représentées à droite de l’histogramme. C’est absolument énorme !

Seul un bon tiers des informations enregistrées est dédié aux tons moyens (le milieu de l’histogramme).

Reste environ 15% de la capacité du capteur dédiée aux tons sombres.

L’idée de l’exposition à droite est donc d’enregistrer un maximum d’infos dans les hautes lumières, là où le matériel est performant, afin d’avoir un maximum de matière pour équilibrer selon vos souhaits l’exposition, la colorimétrie, le contraste au post-traitement dans votre logiciel, et ce sans perte de qualité !

La perte de qualité première apparente se présenterait sous trois formes:

  1. Du bruit numérique, ça vous connaissez, ce sont les petits points blancs disgracieux dans les tons sombres essentiellement
  2. Des transitions moins fluides dans les aplats de couleur (et a fortiori de gris…)
  3. Moins de richesse et de précision dans les détails de la photo

Je pense que vous avez là 3 excellentes raisons d’exposer à droite.

Exposer à droite en pratique

Cas général

L’idée est donc d’obtenir ce genre d’histogramme, avec une montagne plus ou moins massive dans les tons moyens. Ci-dessous, on a peu d’informations au milieu de l’histogramme. Vous voyez que la montagne n’est pas “coupée” à droite. Cela signifie simplement qu’aucune zone de l’image n’est surexposée, donc sans information, donc toute blanche sur la photo. A vous de jouer avec le triangle d’exposition (ouverture, vitesse, ISO) pour caler l’histogramme à droite, suffisamment, mais pas trop non plus.

exposition à droite

Lumières spéculaires

C’est quoi les lumières spéculaires?

Je savais que vous poseriez la question 🙂 . Ce sont les lumières issues de la transparence de l’eau, du verre ou du plastique. Ce sont aussi les lumières issues de l’opacité des surfaces métalliques.

Et donc?

Les appareils “modernes”, notamment les hybrides, permettent de faire clignoter sur l’écran les zones surexposées. Si ces zones correspondent à des lumières spéculaires uniquement et pas en trop grande quantité, n’en tenez pas compte. Vous pourrez facilement récupérer du détail en post-production. Vous perdriez trop d’informations en diminuant l’exposition pour faire disparaitre ces clignotements. Sur l’histogramme vous pourrez avoir une montagne coupée à droite. Si cela n’est dû qu’aux lumières spéculaires, ignorez l’information.

Photos sombres

C’est le cas des photos de nuit: N’espérez pas caler votre histogramme à droite. Cela pourrait vous demander un temps d’exposition trop long, une trop grande ouverture ou une trop grande montée en ISO. Si vous essayez de caler l’histogramme à droite en photo de nuit, ou sur une prise de vue très sombre, les éclairages publics et les enseignes seront complètement cramés. Vous risqueriez de détériorer votre qualité d’image. Restez raisonnable sur la tentative d’exposition à droite dans ce cas particulier.

Le paradoxe des ISO

Alors là, je sais que ça va en faire fumer plus d’un parmi vous 🙂

La montée en ISO est synonyme pour tous d’une augmentation du bruit numérique. C’est tout à fait vrai dans le cas du JPG. En RAW associé au post-traitement, il faut nuancer cette affirmation. Car oui, monter en ISO peut diminuer le bruit numérique et augmenter la qualité de vos photos. Je sens que ça fronce les sourcils et que ça s’agite sur son siège là… 😉

Voyons ce qui se passe: Vous avez décidé, c’est votre choix artistique, d’une ouverture et d’une vitesse d’obturation. Votre histogramme est pour l’instant équilibré, disons qu’il ressemble à ça:

histogramme

Cet histogramme peut tout à fait convenir pour une photo finale, après développement et retouches: Il y aura du détail partout, dans les zones les plus sombres comme les plus claires, une tonne de nuances entre les deux et un excellent contraste. C’est souvent ce que vont chercher les photographes de paysage. Si vous retouchez cette photo alors qu’elle présente cet histogramme à la sortie du boitier, vous allez générer du bruit, en remontant les ombres pour montrer plus de détails, en essayant de saturer un peu les couleurs, etc. Générer du bruit, ça veut dire perdre en netteté, nous sommes d’accord.

En pratique

Cela dit, vous devez avoir compris maintenant qu’on peut récupérer des détails dans les hautes lumières. C’est pourquoi il faut exploiter la SIMA de votre boitier. La SIMA représente la sensibilité ISO maximale que peut supporter votre appareil sans détérioration de la netteté de la photo. Si vous étiez par exemple à ISO 100 pour obtenir cet histogramme, que vous ne voulez pas ouvrir plus (perte de profondeur de champ) ni ralentir votre vitesse d’obturation (passants, véhicules, animaux en mouvement par exemple, ou beaucoup de vent dans les arbres, etc.), montez en ISO !! Cela va vous permettre de coller votre histogramme à droite et ainsi récupérer des infos dans les hautes lumières. Dans votre logiciel, vous pourrez ramener l’histogramme à celui ci-dessus, en ayant plus de détails, en optimisant vos couleurs, en jouant sur le curseur de clarté (micro-contraste), le tout sans perte de netteté, sans ajout de bruit, au contraire.

Bilan: Plus d’ISO = meilleure qualité finale. Paradoxe, paradoxe…

Attention, comprenez bien que je ne vous dis pas de monter systématiquement en ISO !! Cette manipulation n’a d’intérêt que quand vous ne voulez pas monter en ouverture et descendre en vitesse, soit par choix artistique, soit par contrainte technique (si vous êtes déjà à f/2.8 sur un objectif limité à f/2.8, baaah, y’a pas moyen d’ouvrir plus…).

L’exposition à droite en résumé

L’idée générale de l’exposition à droite est de capter un maximum d’informations sur la scène. L’image affichée sur l’écran derrière l’appareil ne devrait donc pas correspondre à votre attente. Ce n’est qu’une fois passé sur ordinateur (voire sur votre téléphone s’il gère le RAW), que vous allez rééquilibrer toutes ces informations en ramenant l’histogramme vers la gauche.

Exposer à droite ne sert à rien en JPG, c’est même contre-productif. Si vous devez photographier en JPG pour une raison ou une autre, assurez-vous d’avoir un histogramme sur l’appareil photo qui correspond directement à vos attentes.

En photographiant en RAW, votre logiciel dispose au minimum de 4000 fois plus de couleurs (pour un codage sur 12 bits). Sachez que plus (14 ou 16 bits) n’est pas utile, même pour des professionnels, sauf cas ultra-particuliers dont vous ne ferez sûrement jamais partie et moi non plus…

En post-traitement, c’est à dire quand vous développez et travaillez vos photos sur votre logiciel, il ne faut pas chercher à obtenir un histogramme idéal. Pour la simple raison que ça n’existe pas… N’oubliez pas de rester créatif, alors ne soyez pas esclave de l’histogramme.

Quand il n’est pas possible de récupérer plus de lumière en jouant sur l’ouverture et la vitesse, monter en ISO peut vous permettre d’obtenir une exposition à droite qui vous fera gagner en détails sur la photo sans perte de netteté.

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