Être créatif en photo de nuit: Le guide de la réussite

Et nous voilà dans un domaine de la photo où les bridges, les compacts et les téléphones portables vont montrer leur limite. La (bonne) photo de nuit, c’est quand même l’affaire des reflex et des hybrides. C’est aussi là une bonne occasion de laisser tomber le mode automatique, qui n’est clairement pas adapté à la photo de nuit.

Nous allons parler de matériel, il en faut peu, de réglages, il faut les bons, et puis de quelques trucs qui améliorent nettement le rendu en photo de nuit.

J’enfonce une porte ouverte (mais je fais ce que je veux, c’est mon blog 😉 ), mais la problématique en photo de nuit, c’est par définition le manque de lumière. C’est là qu’on voit que nos appareils photos, même les plus perfectionnés et les plus chers, sont loin d’atteindre le niveau de perfection de l’œil humain. Je considère à cet égard que faire de la photo de nuit est un excellent moyen de progresser. C’est une pratique qui vous force à mettre les mains dans le cambouis et à résoudre des problèmes. Comment peut-on mieux progresser qu’en résolvant des problèmes ?

Peu de matériel suffit en photo de nuit

On ne va pas s’éterniser là-dessus. Pensez à deux choses essentiellement: le trépied (voire le beanbag), et la/les batterie(s) de rechange.

Oui, la photo de nuit “mange” de la batterie. Les temps d’exposition peuvent aller de quelques secondes à plus de 30 secondes, et ça, ça consomme ! Les temps de réglages sont dans l’ensemble plus longs qu’en journée, et on arrive rarement au bon résultat du premier coup. Ces tentatives multiples de réglage-prise de vue consomment de la batterie…

Petit conseil à ce propos, puisque vous allez utiliser un trépied, désactivez la stabilisation du capteur et/ou de l’objectif. La stabilisation est gourmande elle-aussi. Si vous craignez de manquer de jus, c’est toujours ça de gagné ! De plus, et paradoxalement, la stabilisation peut jouer des mauvais tours sur trépied, en essayant de rattraper des mouvements qui n’existent pas, générant ainsi une perte de netteté…

A noter que la montée en ISO, si vous y avez recours, tire également sur la batterie pour augmenter la sensibilité du capteur… Ça fait partie des petites choses qui mises bout à bout font gagner quelques minutes du précieux carburant…

Les filtres clearsky

Je ne les utilise pas encore, mais je ne vais pas tarder à m’y mettre. Les filtres Cokin clearsky permettent de “lutter” contre la pollution lumineuse. Pour cela, ils diminuent la teinte orangée de l’éclairage public.

En astrophotographie, les photos gagnent en précision, en netteté: Les objets stellaires (étoiles, planètes…) se détachent mieux du fond.

Les réglages

L’autofocus

L’écueil le plus souvent rencontré est la difficulté pour votre boitier “d’y voir assez clair” (notez les guillemets car techniquement ce n’est pas comme ça que ça se passe 🙂 ). L’autofocus peut patiner, or par défaut, les boîtiers sont programmés pour ne pas déclencher tant que la mise au point n’a pas été faite… Ça se change dans les réglages sur certains appareils, mais pas tous. On appelle ça la priorité au focus ou la priorité au déclenchement. De toutes façons ça ne sert à rien de déclencher tant que vous n’êtes pas certain que la zone de netteté que vous avez choisie n’est pas la bonne…

Deux solutions

  • La première consiste à trouver, à peu près à la même distance que le sujet visé, voire SUR l’objet visé lui-même, une zone bien contrastée claire/obscure. Faites la mise au point dessus, recomposez la photo et déclenchez.
  • La deuxième consiste, vous l’avez deviné, à désactiver l’autofocus et à faire la mise au point manuellement avec la bague qui se trouve sur l’objectif. Avantage aux appareils hybrides qui sont équipés de cet outil très pratique: Le focus-peaking. En deux mots, sur votre écran les éléments qui se trouvent dans la zone de mise au point sont entourés d’un liseré de lumière. Sur le mien c’est bleu, d’autres couleurs existent sans doute. Très pratique, on s’assure ainsi, bien qu’étant en manuel, de faire la mise au point sur le sujet.

A propos d’autofocus, je vous renvoie à mon article où je vous propose un réglage extrêmement pratique si vous avez un bouton AF-ON ou AE-L, AF-L ou un autre bouton programmable.

La sensibilité ISO

Si vous débutez, je vous renvoie à l’article sur les ISO. Si vous êtes de ceux qui veulent une netteté maximale, veillez à ne pas monter trop haut. Impossible de vous donner une valeur à ne pas dépasser, c’est spécifique à chaque matériel d’une part, et spécifique à votre seuil de tolérance personnel. Pour ma part, le bruit numérique (les microscopiques petits points lumineux surtout visibles dans les zones sombres) ne me gênent que très, très modérément car je privilégie de très, très loin, le sens, l’histoire, l’intention de la photo à sa netteté. Mais je sais que beaucoup de photographes amateurs sont des inconditionnels de la netteté. Bon, moi je préfère l’art à une photo super nette, mais chacun son truc, sa personnalité, sa tolérance.

On peut d’ailleurs utiliser les ISO de manière créative en photo de nuit pour donner ou accentuer une ambiance, comme dans la photo ci-dessous où le grain de la haute montée en ISO augmente l’impression de brouillard et de flou.

photo de nuit ISO

L’ouverture

Ce qui peut poser problème, ce sont les ouvertures extrêmes:

  • Une ouverture faible genre f/13 n’apportera que peu de lumière, compensable par un temps d’exposition long. Une ouverture très faible va générer, en plus, un phénomène de diffraction. Cela intervient plus ou moins tôt selon les matériels, mais méfiance au-delà de f/16
  • Une ouverture trop grande risque de générer des aberrations chromatiques en plus de la très faible profondeur de champ. Notez qu’au plus vous utiliserez un grand angle, au plus le risque d’aberrations est important. L’aberration chromatique, pour rappel, ce sont ces contours irisés disgracieux qui dégradent la qualité de la photo. Ça se rattrape assez facilement au post-traitement, sur Lightroom tout du moins.

Dans les 2 cas, la perte de netteté est assurée. Je vais revenir plus loin dans cet article sur l’intérêt, malgré tout, d’une petite ouverture. Ça semble paradoxal au premier abord, car pour le débutant, on compense systématiquement le manque de luminosité par une grande ouverture. Mais il y a un truc qui a de la gueule en photo de nuit… J’y reviens plus bas dans l’article. Suspense…

La balance des blancs

Les éclairages artificiels sont présents partout, ou presque, la nuit. L’éclairage urbain, les enseignes, les différents types d’ampoules ne seront sans doute pas adaptés à une prise de vue avec les couleurs réelles. Deux possibilités s’offrent à vous.

La première est de jouer avec la balance des blancs, comme “tungstène”, qui vous rapprochera souvent des bonnes couleurs.

Deuxième possibilité, que je conseille à… 100% (!!), laisser la balance des blancs en automatique pour se concentrer sur le reste, tout en photographiant en RAW bien sûr. Au post-traitement vous aurez tout le loisir d’être créatif en créant des ambiances en jouant seulement sur les paramètres (teinte et température) de la balance des blancs dans votre logiciel.

photo de nuit balance des blancs

Juste pour revenir là-dessus, l’éclairage urbain et les enseignes sont vraiment une matière à exploiter en photo de nuit. Choisissez une ou plusieurs enseignes lumineuses et prenez le temps de composer. Impossible de ne pas ramener une bonne photo si vous prenez le temps d’essayer différents réglages et compositions.

photo de nuit
Une ambiance presque inquiétante…
photo de nuit rue
Une composition très simple qui oppose nuit à gauche et chaleur de l’éclairage à droite

L’heure bleue et le repérage

L’heure bleue, c’est ce petit moment qui dure 15-20 minutes, juste avant et juste après le coucher du soleil. Pour nos appareils photo, la dynamique de la lumière, réduite par la disparition des zones très claires dans le ciel, est parfaite.

Petit rappel, la dynamique d’une image est la différence de luminosité entre le point le plus sombre et le point le plus clair. C’est ce qui explique que parfois des zones de vos photos sont quasi noires, sans détail, ou à l’inverse blanches, sans détail non plus (souvent le cas du ciel). La dynamique des boîtiers, même les plus performants, est nettement inférieure à la dynamique de l’œil humain.

Cette couleur bleue intense, vous pourrez la magnifier au post-traitement en jouant sur la balance des blancs, mais vous êtes libre de le faire dès la prise de vue. Pour ma part je préfère le faire après. Le bleu de ce ciel ne va durer que quelques minutes, exploitez le maximum de ce court laps de temps pour soigner vos compositions !!

photo de nuit heure bleue

Soyez patient ! Si une composition s’offre à vous, il suffit de revenir à cet endroit, si tant est que cela vous soit possible, quelques minutes avant l’heure bleue. Ça vous laisse le temps de vous installer, de bien réfléchir à votre composition, de faire des tests. Et quand l’heure bleue sera là, il vous restera juste à déclencher à divers moments en suivant l’évolution de l’intensité du bleu, des nouvelles ombres, etc.

photo de nuit heure bleue

Applications utiles

Aidez-vous d’applications pour téléphone gratuites comme Magic Hour et Planit Live. Je vous renvoie aussi vers The Photographer’s Ephemeris dont j’ai déjà parlé. Vous pouvez créer un compte gratuitement et faire vos recherches sur le web. Peut-être un peu déroutant au début, mais génial quand on devient à l’aise avec. Un petit effort les amis…

Vous pouvez l’utiliser bien avant d’aller à 1 kilomètre comme à 20 000 kilomètres de chez vous. Il suffit de saisir le jour, l’heure et l’endroit que vous ciblez. Commencez par faire un test en temps réel chez vous pour vous familiariser avec l’outil. Vous pouvez savoir par exemple à quelle heure il vous faudra être aux chutes du Niagara le 18 mars l’année prochaine pour bénéficier des Golden hours. Si vous êtes à Londres et que vous voulez être près du Tower Bridge ou de Big Ben pour profiter du coucher de soleil sur la Tamise, vous saurez en 3 clics à quelle heure arriver. Vous aurez la direction de la lumière également. Et même si vous êtes chez vous, vous aurez ces renseignements pour votre sortie photo du soir…

L’application mobile est également disponible pour une dizaine d’euros.

Anticiper toutes les lumières

Anticipez l’heure bleue, mais anticipez également les voitures avec les phares allumés qui passeront (l’occasion d’une pose longue peut-être ?), les réverbères et leurs faisceaux de lumière qui vont frapper les trottoirs, la pleine lune… Pas de besoin de faire des dizaines de kilomètres, vous avez ça près de chez vous… Soyez créatif, la lumière de votre jardin, de votre garage, de votre palier peuvent faire l’objet d’une photo qui raconte quelque chose.

photo de nuit graphique
Une photo très graphique, sans bouger de la maison…

Le noir et blanc en photo de nuit

Le message est simple: PENSEZ-Y !! Quand je parle photo de nuit, personne ne pense jamais au noir et blanc. Pour ma part, c’est ce que je pratique le plus, le noir et blanc en photo de nuit se prête fort bien à la production d’images très graphiques. Vous pouvez obtenir des contrastes très forts, les lignes et les formes sont bien marquées.

photo de nuit noir et blanc

Le post-traitement

Quelques brefs rappels: Photographiez en mode RAW et non en JPG. Vous bénéficierez d’une plus large plage dynamique, de 2 à 4 IL (voir l’article) et ce, tout le temps, pas seulement en photo de nuit! Ayant pris une photo en RAW, vous allez pouvoir vous en donner à cœur joie dans votre logiciel de traitement photo (Rawtherapee est gratuit et performant, Lightroom est payant, mais il sait tout faire…).

Vous allez pouvoir exprimer votre créativité et/ou corriger la colorimétrie pour coller à la réalité grâce au réglage très simple de la balance des blancs. Vous pourrez redresser une photo légèrement de travers (on n’a pas toujours les bons repères la nuit), corriger quelques imperfections.

Le post-traitement va également vous permettre, le cas échéant, de diminuer l’impact d’une montée en ISO très généreuse… Vous allez gagner en netteté.

Expérimentez !! Pour ma part, j’aime forcer un tout petit peu sur la saturation des couleurs en photo de nuit pour un impact visuel plus percutant. Ça marche très très bien avec les enseignes lumineuses des magasins. Attention cependant, on peut tomber dans la caricature voire même le ridicule!!. Ce que je vous conseille, avant de diffuser vos photos, c’est de revenir dessus le lendemain ou les jours suivants. On se rend compte parfois qu’on a eu la main un peu trop lourde sur un curseur de réglage…

L’astuce des lumières en étoile

Un classique qui fait toujours son petit effet en photo de nuit… On appelle ça l’effet starburst.

Rien de mystérieux, cet effet est dû à des lois d’optique toutes bêtes. Le truc, c’est que plus l’obturateur est fermé, plus les lamelles qui le composent sont proches et forment des angles.

Ouverture du diaphragme

La déviation des rayons lumineux est induite par les angles. Si vous utilisez une grande ouverture, le trou formé par l’obturateur sera presque rond, donc pas de déviation, donc pas d’effet starburst. Ci-dessus, vous voyez qu’à f/1.8, le trou est presque rond. Plus vous fermez, plus les lamelles forment un polygone marqué. A f/2.8 on voit les angles se former puis se rapprocher au fur et à mesure que vous vous dirigez vers f/11 ou plus. Vous l’avez compris, il faut fermer beaucoup pour obtenir une photo avec les lumières en étoile !!

On recommande souvent de ne pas fermer à plus de f/16 à cause de la diffraction induite par de petites ouvertures. Cela dit, expérimentez de très petites ouvertures comme f/22. Vous accentuerez encore l’effet d’étoile.

Combien de rayons à mon étoile ?

C’est très facile à déterminer, et si c’est un effet que vous adorez, vous pourrez choisir votre objectif en fonction de ce paramètre.

La règle est simple:

  • Si votre objectif a un nombre de lamelles pair, vous obtiendrez un nombre de rayons égal au nombre de lamelles
  • Si votre objectif a un nombre de lamelles impair, le nombre de rayons sera le double du nombre de lamelles

5 lamelles donnent 10 rayons, 6 lamelles donnent 6 rayons, 7 lamelles donnent 14 rayons, etc.

photo de nuit starburst
6 lamelles, 6 rayons !!
photo de nuit starburst
7 lamelles, 14 rayons !!

Consultez donc les caractéristiques de vos objectifs pour savoir combien de lamelles vous obtiendrez. Ça peut être plus joli avec 6 rayons comme avec 14 rayons, tout dépend de l’effet que vous voulez donner, de vos envies… Plus n’est pas toujours mieux… Quand je fais de la photo de nuit, j’ai une vision, comme toujours, du résultat que je veux atteindre. Parfois je veux beaucoup de rayons, parfois j’en veux peu, je choisis mon objectif en conséquence. Allez sur le site des constructeurs et connaissez le nombre de lamelles de vos obturateurs ! Un photographe décide du rendu de sa photo, il ne constate pas après coup: “Ah ben tiens, là je devais avoir 7 lamelles parce que j’ai eu beaucoup de rayons”.

Le photographe décide, le matériel obéit.

photo de nuit starburst

Photo de nuit: Deux photos en une

Quand une scène me plait vraiment beaucoup, que je sais que je vais faire “quelque chose” de cette photo, je prends un peu plus de temps que d’habitude pour soigner les détails. Il peut arriver de ne pas pouvoir, parce que c’est techniquement impossible, avoir le beurre et l’argent du beurre. Je m’explique: Je peux vouloir une faible profondeur de champ sur mon sujet, mais vouloir un éclairage en étoile (starburst) sur les réverbères. A priori, c’est contradictoire, mais c’est MON choix artistique. Contradictoire parce que faible profondeur de champ implique grande ouverture, et éclairage en étoile une grande fermeture… Je veux une grande et une petite ouverture sur la même photo… le beurre et l’argent du beurre…

Concilier les 2 impératifs artistiques

Etant sur trépied avec la télécommande ou le retardateur, c’est assez simple. Voilà comment je procède:

  1. Je prends une photo exposée comme je le veux avec mon sujet en faible profondeur de champ (par exemple f/2.8).
  2. Sans bouger (merci le trépied…), je tourne la molette d’ouverture de 6 crans (correspondant à 6 STOP) jusqu’à f/16 (ou plus si vous voulez…). Pour conserver la même exposition, je tourne la molette de vitesse d’obturation de 6 crans également pour réduire le temps d’exposition. Ça, c’est la base du triangle d’exposition… Si les histoires de STOP ne vous parlent pas encore bien, tout est expliqué ici.
  3. J’ai ainsi deux photos cadrées et exposées à l’identique. L’une avec mon sujet net et l’arrière-plan flou, l’autre avec ma lumière en étoile bien nette. Mixer deux images est alors facile sur Photoshop ou autres logiciels, ce sera sans doute l’objet d’un futur article. Le post-traitement permet d’aller au bout de sa créativité.

Photo de nuit sans trépied

Vous n’avez pas de trépied ? Alors vous avez l’art de vous mettre dans la galère 🙂 Bon, ça peut arriver… Utilisez alors un maximum de conseils parmi cette liste:

  • Activer la stabilisation de l’objectif
  • Activer la stabilisation du boitier si son capteur est stabilisé
  • Poser l’appareil sur un mur, un toit de voiture, n’importe quoi tant que c’est stable
  • Garder les coudes le long du corps pour minimiser les effets des micro-mouvements des mains
  • Retenir sa respiration juste avant de déclencher et tout le temps de l’exposition
  • Appuyer l’épaule contre un poteau, un réverbère ou autre
  • Utiliser le retardateur
  • Utiliser l’astuce de la ficelle: Une ficelle avec une boucle au bout pour y glisser le pied. Une autre boucle en haut que vous passez dans l’objectif. En gardant la ficelle tendue, vous évitez de bouger.

Voilà, cet article vient en complément d’un premier article que j’avais fait sur la photo de nuit. J’y reprends des idées et en développe d’autres.

Le maître-mot reste: Expérimentez !! Apprenez à connaitre votre matériel et l’implication de chaque réglage pour développer votre instinct. Vous serez plus efficace, plus réactif et plus créatif.

Merci de partager cet article sur vos réseaux sociaux !!

Partagez l'article !
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • 1
    Partage

Laisser un commentaire